Selon les informations recueillies par le quotidien Le Monde, l’enlèvement d’une magistrate en Isère en février dernier s’inscrit dans une série d’affaires liées à des extorsions en cryptomonnaie. Derrière ce rapt, un groupe de jeunes exécutants peu expérimentés recrutés en ligne… et un commanditaire toujours introuvable.

L’enquête a été menée en un temps record par la direction de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS) de Lyon, en lien avec l’Office central de lutte contre le crime organisé. Selon le quotidien, le 8 février, plusieurs interpellations ont lieu simultanément. Deux suspects sont arrêtés à Sainte-Foy-lès-Lyon, dans le véhicule utilisé lors de l’enlèvement, où des traces de sang sont retrouvées. Deux autres sont interpellés à la gare routière de Chambéry alors qu’ils s’apprêtaient à fuir vers l’Espagne. Les enquêteurs ont pu remonter rapidement la piste grâce aux nombreuses traces laissées par les suspects, notamment ADN et données issues de leurs téléphones.

Des profils jeunes et peu expérimentés

Les cinq suspects interpellés ont entre 17 et 20 ans et sont originaires de l’est lyonnais, notamment de Saint-Priest et Décines-Charpieu. Leurs parcours sont marqués par des délits de petite et moyenne délinquance. L’un était sous contrôle judiciaire avec interdiction de sortie nocturne, un autre portait un bracelet électronique, un troisième venait de sortir de prison. Aucun ne correspond au profil classique de membres de réseaux criminels organisés. L’un se fait appeler « Mesrine », un autre « Mera » et les enquêteurs retrouveront dans sa chambre une photo de lui posant en caleçon avec à la main le fusil à pompe utilisé pour l’enlèvement, à côté de la voiture qui a servi au rapt. Le groupe s’est formé en quelques jours via Telegram, à la suite d’une annonce évoquant une mission de « séquestration crypto ». Les échanges se sont ensuite poursuivis sur Signal et Snapchat, avec des pseudonymes et une répartition des rôles.

Une séquestration particulièrement violente

Dans la nuit du 4 au 5 février, vers 3 heures du matin, plusieurs individus font irruption dans une maison à Saint-Martin-le-Vinoux. La porte est défoncée, les occupantes menacées avec une arme. La magistrate, 35 ans, et sa mère âgé de 67 ans, sont enlevées et déplacées à plusieurs reprises. Elles sont transportées dans différents véhicules, retenues dans une grange puis un hangar. Lors d’une tentative de fuite, la magistrate est rattrapée et frappée violemment à la tête avec une batte de baseball métallique. Blessée, le visage tuméfié, elle est ensuite ligotée, les yeux recouverts d’adhésif, puis enfermée dans le coffre d’une voiture. Les deux femmes, attachées, sont ensuite déplacées sur plusieurs kilomètres avant d’être abandonnées sans surveillance dans un garage à Bourg-lès-Valence dans la Drôme. Elles parviennent à se libérer et à alerter un riverain.

Entre temps, les ravisseurs ont exigé une somme en cryptomonnaie auprès du compagnon de la magistrate, professionnel du secteur. Absent au moment des faits, il a reçu messages, appels et photos avant d’alerter les autorités.

Un commanditaire toujours introuvable

D’après les documents qu’ont pu consulter nos confrères, interrogée par la police, la petite copine d’un suspect lâche cette phrase  » Leur plan, il est pas sorti de leur tête, ils sont trop bêtes pour avoir pensé ça ». En effet. Derrière l’opération, un commanditaire surnommé « Hermano » ou « M5 » apparaît comme la pièce centrale. Il aurait piloté l’ensemble à distance, fourni les informations sur les victimes et promis une part de la rançon aux exécutants. Selon les informations recueillies par Le Monde, ce commanditaire utilisait plusieurs canaux de communication et modifiait sa voix pour rester anonyme.

Une vingtaine d’affaires similaires

L’enquête dépasse largement ce seul dossier. Une vingtaine d’enlèvements ou de tentatives liés aux cryptomonnaies ont été recensés récemment en France. À Voiron, le 15 janvier, un homme de 74 ans a ainsi été enlevé à son domicile pour contraindre son fils, installé à l’étranger, à céder ses avoirs numériques. Il a été libéré lors d’une intervention de la BRI dans la Drôme et plusieurs suspects ont été interpellés. Des faits comparables ont également été signalés à Sallanches, Aix-en-Provence ou encore Grenoble, avec des modes opératoires similaires.

L’ensemble de ces dossiers a été regroupé et est désormais instruit par le Parquet national de lutte contre la criminalité organisée, chargé d’identifier l’origine de cette série et de remonter jusqu’au commanditaire.

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