Crolles : les grévistes jettent l’éponge, l’usine fermera au printemps

Après trois mois de lutte, les salariés de l’usine Teisseire de Crolles ont levé leur piquet de grève ce lundi. Un accord sur leur licenciement a été trouvé avec la direction. L’usine fermera définitivement dans quelques semaines.

L’avenir des salariés isérois de Teisseire est désormais scellé. En octobre dernier, le groupe Carlsberg, actionnaire de l’emblématique fabricant isérois de sirops, a annoncé la fermeture au printemps 2026 de l’usine historique de Crolles. Si la marque Teisseire continuera d’exister, la production sera transférée chez un sous-traitant situé au Havre, mettant fin à plusieurs décennies d’activité industrielle en Isère.

Depuis cette annonce brutale et inattendue, les salariés du site de Crolles ont occupé l’entrée de l’usine. Pendant trois mois, ils se sont relayés sur un piquet de grève, symbole d’une mobilisation marquée par une forte solidarité. Beaucoup se connaissent depuis des années, voire des décennies, certains affichant plus de 30 ans d’ancienneté au sein de l’entreprise.

Fin de la grève, place à la fermeture

Le lundi 26 janvier, le piquet de grève a été levé à la suite d’un accord conclu entre les syndicats et la direction sur les conditions de départ et les indemnités qui vont avec. Des négociations longues et difficiles, qui ont laissé des salariés éprouvés moralement. Pour beaucoup, l’annonce de la fermeture a été vécue comme un choc brutal, d’autant plus inattendu que le site avait longtemps été présenté comme viable.

Pour justifier cette décision, la direction évoque une situation économique dégradée et une concurrence accrue sur le marché. Une lecture contestée par les représentants syndicaux, qui estiment que la fermeture du site était envisagée de longue date. Selon eux, l’externalisation progressive d’une partie de la production, notamment destinée à l’export, avait déjà fragilisé l’avenir de l’usine, sans que les investissements promis ne se concrétisent.

Plus de 200 salariés au chômage

Au-delà de la perte d’un emploi, c’est l’avenir personnel qui inquiète désormais les salariés. Plus de 200 vont perdre leur emploi. Une grande partie d’entre eux a dépassé la cinquantaine et redoute les difficultés de reconversion dans un bassin économique isérois déjà sous tension avec une multiplication récente de plans sociaux.

La fermeture de Teisseire à Crolles pourrait également avoir des répercussions sur le tissu économique local. Dans la zone industrielle de Crolles, commerces et services dépendaient en partie de la présence quotidienne des salariés du site. Une baisse de fréquentation est redoutée par certains acteurs, d’autant que d’autres entreprises du secteur connaissent déjà des ralentissements d’activité.

Si la municipalité se veut rassurante, estimant que l’impact global restera limité au regard du nombre d’emplois présents sur la commune, cette fermeture symbolise néanmoins une nouvelle étape dans la désindustrialisation du territoire grenoblois après la fermeture de l’usine chimique Vencorex l’an dernier notamment. Pour les salariés de Teisseire, comme pour l’économie locale, c’est une page qui se tourne, laissant place à de nombreuses incertitudes.

🎥 L’interview de Fathi Ghiloufi, responsable syndical chez Teisseire,  dans l’émission“Le +” en novembre dernier au coeur du bras de fer avec la direction.

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