Bruno Revol, pharmacologue au centre régional de pharmacovigilance du CHU Grenoble-Alpes, co-auteur de l’enquête Drames, alerte sur deux phénomènes majeurs : l’explosion de la consommation de cocaïne et la montée des drogues de synthèse comme le PTC chez les jeunes.
“Une vraie crise de la cocaïne”
Bruno Revol décrit une situation très préoccupante : “On traverse en France, on peut le dire, presque une crise de la cocaïne avec une consommation qui explose.” . Les derniers chiffres font état de plus de 270 morts en 2023 liés à la cocaïne. Et ce n’est que la partie visible du problème : “Tous les indicateurs sont dans le rouge”, souligne-t-il, qu’il s’agisse des hospitalisations ou des tonnes de cocaïne saisies. La poudre n’est plus réservée aux milieux aisés : “La cocaïne, c’était une drogue chère, très élitiste. Aujourd’hui, c’est presque la drogue de monsieur et madame tout le monde. On en trouve aussi en milieu rural.”
Produit stimulant, elle colle à une société de la performance :
“On a le sentiment de décupler nos capacités, une sensation de puissance. Mais ça reste un sentiment. Il n’a jamais été démontré scientifiquement que la cocaïne augmentait réellement les capacités physiques ou intellectuelles.”En face, les risques sont lourds : “Des convulsions dès la première prise, des infarctus, des AVC chez des sujets jeunes sans facteur de risque, et une dépendance qui s’installe très rapidement avec ce craving, cette envie irrépressible de consommer.”
PTC :“la roulette russe et le petit chimiste réunis”
En parallèle, émergent des drogues de synthèse, en particulier les cannabinoïdes synthétiques comme le PTC, le Bouddha Blue ou le Spleen. “PTC, ça veut dire pète ton crâne”, rappelle Bruno Revol. Ces produits, 100 % synthétiques, imitent le cannabis mais avec une puissance décuplée :“Les trafiquants vont chercher à décupler la puissance du cannabis avec ces e-liquides.”Ils sont très présents chez les lycéens, essentiellement par vapotage : “Des sujets jeunes, voire très jeunes, se voient proposer ce produit d’allure inoffensive, dans une cigarette électronique comme ils en ont l’habitude.” En réalité, prévient-il, “C’est la roulette russe et le petit chimiste réunis. On ne sait pas très bien ce qu’on consomme, ni dans quelle quantité.”
Résultat :“ On a documenté des troubles de la conscience, du malaise jusqu’au coma, et des complications cardiovasculaires importantes chez des sujets toujours très jeunes.”Accessible à bas prix, souvent via Internet, ce type de drogue illustre une nouvelle étape de la banalisation :“On fait ce qu’on peut à notre niveau, conclut Bruno Revol. On en parle, et c’est déjà un premier pas.”
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