Après près de dix ans de prospections infructueuses, les agents du Parc national des Écrins ont confirmé en janvier 2026 le retour de la loutre dans les rivières du Valbonnais. Un signal fort sur l’état de santé des milieux aquatiques de la vallée.
Présente sur la quasi-totalité des cours d’eau français au début du XXe siècle, la loutre a été chassée pour sa fourrure et repoussée par la dégradation de son habitat — pollution, assèchement des zones humides, artificialisation des berges. À la fin des années 1980, l’espèce frôle l’extinction. Protégée depuis 1972, elle amorce une lente reconquête depuis l’ouest, sans avoir encore atteint les vallées alpines du massif des Écrins.
Dix ans de prospections vaines
Dans le Valbonnais, l’idée d’un possible retour de la loutre germe depuis une dizaine d’années dans la tête des agents du Parc national. Les rivières de la vallée — la Bonne, la Malsanne, la Roizonne — offrent des conditions a priori favorables : eaux de qualité, riches en poissons et en amphibiens, berges relativement préservées. En 2017, des indices de présence sont découverts en Oisans, le long de la Romanche. De quoi alimenter l’optimisme. "Depuis, nous menions une ou deux prospections par an, qui n’avaient rien donné jusque-là", raconte Emmanuel Icardo, technicien patrimoines pour le Parc national dans le Valbonnais.
Le 27 janvier, la confirmation
Le 27 janvier 2026, une équipe de treize personnes — agents du Parc du Valbonnais et de l’Oisans, technicien ONF et naturalistes locaux — part prospecter malgré un temps gris et venteux. La méthode est rodée : parcourir les berges à pied, chercher des épreintes (les crottes de la loutre, déposées en évidence pour marquer le territoire) et relever d’éventuelles empreintes. La mobilisation permet de couvrir l’intégralité du linéaire jugé favorable, soit treize kilomètres sur la Malsanne, la Bonne et la Roizonne. La réponse ne tarde pas : des épreintes sont trouvées dès le début de la journée, en abondance sur certains secteurs, ainsi que quelques empreintes. Trois tronçons sont concernés. "Après presque dix ans de prospection, ça y est, le retour de la loutre est confirmé !" se réjouit Emmanuel Icardo. "C’est un bon signe sur l’état des rivières, avec suffisamment de ressources alimentaires pour la loutre : poissons, amphibiens, écrevisses éventuellement."


La renaturation comme coup de pouce
Un détail retient l’attention : le secteur où les indices sont les plus nombreux, sur la Bonne entre le pont des Fayettes et le pont des Vernets, a fait l’objet d’importants travaux de restauration écologique deux ans auparavant. La suppression d’un tronçon de digue y a permis à la rivière de retrouver un tracé plus naturel et une diversité de milieux accrue. Les tronçons concernés font par ailleurs partie du site Natura 2000 du col d’Ornon. "Il y a un lien entre tout ça, qui montre bien le rôle des espaces protégés, autant pour héberger des espèces rares que pour détecter leur présence", souligne le technicien.
Combien sont-ils ? D’où viennent-ils ?
L’origine probable : une remontée de la Bonne via le Drac, depuis les populations installées en Isère et dans la Drôme. Le nombre d’individus, lui, reste inconnu. Six pièges photos ont été posés ; un seul animal a été filmé, une seule fois. Des prélèvements génétiques ont été réalisés pour tenter d’en savoir plus. Plus délicate encore est la question du nombre d’individus. L’abondance du marquage territorial sur la Bonne intrigue. "La loutre marque davantage son territoire quand il y a concurrence avec d’autres mâles ou présence de femelles, explique Emmanuel Icardo. Il n’est donc pas impossible que plusieurs individus soient présents, mais nous n’avons aucune preuve."
L’hypothèse la plus probable est celle d’un mâle éclaireur — schéma classique dans la recolonisation de l’espèce, avant que les femelles n’arrivent à leur tour. En Oisans comme en Vallouise, la situation reste au stade de l’exploration. Le Valbonnais, lui, a franchi un cap. Reste à savoir si ce visiteur jugera la vallée suffisamment accueillante pour y rester.
