Le tribunal judiciaire de Grenoble a prononcé hier, jeudi 28 mai, la liquidation judiciaire du centre de santé l’Étoile, dans le quartier prioritaire de la Renaudie. Fermeture le 28 juin. Ce vendredi matin, son fondateur Paul Saou a tenu une conférence de presse devant le centre.
Créé en 2021 par le docteur Paul Saou dans le quartier prioritaire de la Renaudie, le centre de santé l’Étoile accueillait près de 10 000 patients à Saint-Martin-d’Hères, commune de 40 000 habitants. Placé en redressement judiciaire en mars, il n’a pas survécu à un passif de plus de 500 000 euros (dont des dettes à l’Urssaf) ni aux tensions entre son président et une partie des médecins. Le tribunal a tranché : liquidation judiciaire, fermeture le 28 juin au soir.

La ville avait pourtant versé 170 000 euros de subventions sur trois ans pour tenter de sauver la structure. Mais fin 2025, quand Paul Saou a de nouveau sollicité la mairie, il n’a pas transmis les éléments financiers nécessaires raconte le maire David Queiros : "On a découvert en janvier qu’il n’avait plus besoin de faire appel à des fonds publics parce qu’un modèle économique avait été trouvé. Et dix jours plus tard, l’association a convoqué une assemblée générale et demandé le redressement judiciaire". Pour lui, le constat est sans appel : "Le redressement aurait dû être demandé beaucoup plus tôt. À un moment où la liquidation était presque inéluctable."
Paul Saou défend son bilan
Ce vendredi matin, Paul Saou a lu une déclaration posée, sans éclat. Médecin depuis plus de trente ans, président bénévole de l’association, il insiste sur ce qu’il n’est pas : un chef d’entreprise. "Je ne suis pas un chef d’entreprise poursuivant un objet lucratif. J’ai accepté cette responsabilité bénévole parce que je croyais à ce projet", dit-il, rappelant avoir financé les locaux sur ses propres emprunts bancaires, sans aide publique.
Il assure avoir proposé une solution concrète pour rééquilibrer les comptes, deux consultations de soins non programmés supplémentaires par semaine et par médecin. "Cette proposition ne demandait pas de sacrifice majeur. Elle aurait permis à la fois de contribuer à l’équilibre de la structure et d’améliorer l’accès aux soins", plaide-t-il. Sur sa responsabilité dans les erreurs de gestion, il balaie : "En tant que président bénévole, aucune responsabilité. Nous sommes dans un problème qui est bien connu des centres de santé."

Son projet désormais : maintenir une activité de soins dans ses locaux, dont il est propriétaire. Un rendez-vous est prévu avec le maire le 9 juin. "C’est un lieu qui est maintenant reconnu par les patients, accessible, conforme pour l’engagement de conformité nécessité par l’ARS", plaide-t-il. Combien de médecins seraient prêts à le suivre ? "Ça, je ne peux pas me prononcer pour eux."
Le maire charge Paul Saou
David Queiros, lui, ne mâche pas ses mots. Pour le maire, le jugement du tribunal dit ce que Paul Saou refuse d’admettre. "Il est clairement indiqué qu’il a manqué de responsabilité sur la gestion financière et la gestion des ressources humaines", affirme-t-il. Il pointe également un problème de gouvernance interne : Paul Saou n’aurait pas informé ses collègues médecins des difficultés financières de la structure, rendant tout redressement impossible.
Le maire relève aussi ce qu’il appelle un "mélange des genres" : Paul Saou est à la fois propriétaire des locaux, président de l’association, médecin et conseiller municipal d’opposition. "Il prétend tendre la main en faisant appel au dialogue et à un projet constructif. Je suis tenté de dire que sur ces trois points là, il a été défaillant et il n’inspire pas confiance", tranche David Queiros.
Paul Saou a répondu à ces déclarations : "Si les différentes fonctions que j’ai exercées étaient parfaitement connues de l’ensemble des acteurs concernés, le jugement ne relève aucune faute de cette nature. Présenter aujourd’hui cette situation comme une explication des difficultés rencontrées par le centre contribue à entretenir des soupçons qui ne reposent pas sur les constatations du tribunal. je conteste également l’affirmation selon laquelle les difficultés financières auraient été dissimulées aux médecins administrateurs ou aux instances de gouvernance de l’association. Le jugement du Tribunal judiciaire de Grenoble du 28 mai 2026 ne retient pas une telle analyse et ne conclut pas davantage qu’une absence d’information des médecins serait à l’origine de l’échec du redressement."

Pour autant, le dialogue n’est pas totalement rompu. La question posée à Paul Saou est claire : est-il prêt à mettre ses locaux à disposition de professionnels sérieux pour construire un nouveau projet ? "Un projet peut être envisageable. En tout cas, il ne peut pas jouer un rôle prépondérant dans l’organisation de la santé puisqu’il a montré toute son irresponsabilité", dit le maire.
"Je trouve ça inhumain"
Devant le centre ce matin, les patients peinent à réaliser. Fatiha suit le docteur Saou depuis des années. "Je ne comprends pas pourquoi dans les institutions, personne ne vient en aide. Je trouve ça inhumain de nous laisser", dit-elle. Elle n’a pas encore cherché de remplaçant. "Pour moi, il ne va pas fermer", confie-t-elle.
Mohamed s’inquiète pour ceux qui n’ont pas eu l’information à temps. "Il y en a qui n’ont pas Internet, il y en a qui ne savent pas lire. Je pense qu’il y aurait eu vraiment beaucoup plus de monde", dit-il. Dans un contexte national de désertification médicale, trouver un nouveau médecin traitant dans la commune s’annonce très difficile.

La mairie cherche une solution d’urgence
David Queiros l’affirme : la ville sera facilitatrice. Il évoque deux temporalités. À court terme, une organisation provisoire avec cinq à six médecins volontaires. À plus long terme, une structure pérenne avec une dizaine de praticiens, ancrée dans ce quartier prioritaire où "les inégalités territoriales et sociales d’accès à la santé" justifiaient précisément l’existence d’un tel centre. La mairie travaille avec l’Agence régionale de santé, la CPAM et la Communauté professionnelle territoriale de santé pour définir ce projet. Des réunions sont prévues dans les jours qui viennent.