Qui sont les individus cagoulés qui ont semé le chaos dans Grenoble le 17 octobre ? Militants révolutionnaires, jeunes radicalisés ou pillards opportunistes : derrière les black blocs se cache une nébuleuse aux motivations très différentes.

Ils étaient environ 300 selon la préfecture de l’Isère, à s’en prendre directement aux forces de l’ordre lors des manifestations du samedi 17 octobre à Grenoble. Vêtus de noir, le visage dissimulé, ces individus ont contribué à transformer la mobilisation en une journée de violences et de pillages. Mais qui se cache réellement derrière ces masques ?

Contrairement à une idée répandue, le black bloc n’est pas une organisation structurée, mais une méthode d’action collective apparue en Allemagne dans les années 1980. Les participants, généralement issus des mouvances anarchistes, autonomes et anticapitalistes, s’habillent de noir pour préserver leur anonymat et compliquer leur identification.

casseurs grenoble émeutes
Des black blocs retournent un véhicule place Vaucanson avant d’y mettre le feu

La violence, moyen d’action assumé

Leur objectif est politique : contester radicalement l’ordre établi, en s’attaquant notamment aux symboles de l’État, aux forces de l’ordre et aux grandes entreprises. Pour les plus radicaux, la violence constitue un moyen d’action assumé et une source d’adrénaline non négligeable….

Difficile de connaître leur nombre exact mais il reste limité. Les estimations évoquent quelques milliers de militants actifs dans l’ultragauche en France et encore, tous ne participent pas aux actions des black blocs.

Des militants aux opportunistes

La sociologie des casseurs est toutefois plus complexe. Aux militants expérimentés, souvent jeunes et parfois étudiants, se joignent des individus moins politisés, attirés par l’affrontement avec la police ou simplement par les occasions de pillage.

Cette convergence semble avoir joué un rôle important dans les violences grenobloises. Des groupes organisés ont affronté les forces de l’ordre tandis que d’autres individus profitaient du désordre pour s’attaquer aux commerces. Des motivations très différentes qui se retrouvent, le temps d’une manifestation, derrière les mêmes cagoules.

manif du 17 octobre pillage et incendie

Grenoble, bastion de l’ultragauche ?

L’Isère possède un historique particulier en matière d’activisme radical. Depuis une dizaine d’années, plusieurs attaques spectaculaires ont été attribuées ou revendiquées par des militants anarchistes : incendies de véhicules de gendarmerie à Meylan en 2017, de France Bleu Isère en 2019, sabotages d’antennes-relais ou encore incendie de câbles électriques sous le pont de Brignoud en 2022 (photo ci-dessous).

Des actions souvent revendiquées sur des sites libertaires, sans que leurs auteurs aient pu être identifiés dans la plupart de ces affaires. Selon plusieurs sources au sein des enquêteurs en charge de ses affaires, des ingénieurs et des universitaires font partie de cette communauté. « Vous seriez surpris des profils » nous a confirmé cette semaine Jérome Chappa, le directeur interdépartemental de la Police nationale en Isère

En janvier 2025, le procureur de Grenoble, Éric Vaillant, considérait d’ailleurs l’agglomération comme l’un des principaux foyers français de l’ultragauche insurrectionnelle. Mais rien ne permet aujourd’hui d’établir que les auteurs de ces sabotages clandestins sont les mêmes que ceux qui participent aux black blocs.

incendie du pont de Brignoud dans la nuit du 4 au 5 avril 2022
L’incendie du pont de Brignoud aura nécessité 28 millions d’euros de dépenses publiques pour sa reconstruction

Quel rôle joue La France insoumise ?

Quels liens avec La France insoumise ? La question alimente régulièrement les polémiques politiques. Pourtant, les relations entre l’ultragauche radicale et La France insoumise sont loin d’être évidentes.

Les militants anarchistes et autonomes rejettent généralement le système électoral et considèrent souvent Jean-Luc Mélenchon et son mouvement comme trop institutionnels, voire trop modérés. LFI cherche à conquérir le pouvoir par les urnes, quand les courants insurrectionnels privilégient l’action directe.

Des proximités militantes peuvent exister, notamment dans les mobilisations sociales et antifascistes. Mais aucun élément public vérifié ne permet d’affirmer que LFI aurait organisé ou dirigé les violences du 17 octobre à Grenoble.

Une chose est certaine : derrière les masques, il n’existe pas un profil unique de casseur. Entre militants révolutionnaires, délinquants opportunistes et jeunes en quête d’affrontements et d’adrénaline, les motivations divergent. Une diversité qui complique autant le travail des enquêteurs que la compréhension de ces violences.