À Lancey, au pied de Belledonne, le musée dédié au pionnier de la « houille blanche » propose jusqu’au 20 septembre une exposition originale : retracer 150 ans d’histoire hydroélectrique à travers des maquettes en Lego. Une visite en famille dans l’aventure industrielle qui a façonné le Grésivaudan.

Tout commence bien avant l’électricité. « Si l’énergie hydroélectrique a été mise au point il y a à peu près 150 ans, la force motrice de l’eau est utilisée depuis l’Antiquité », rappelle Madeleine Hoffer, directrice de la Maison Bergès. Des moulins médiévaux aux premières turbines brevetées par Fourneyron en 1827, l’exposition retrace patiemment cette longue filiation technique. C’est au XIXe siècle qu’un saut décisif est franchi, grâce aux progrès de la métallurgie, qui rendent possibles les conduites forcées, ces grands tuyaux dévalant les pentes sur plusieurs centaines de mètres.

C’est précisément ici, à Lancey, qu’Aristide Bergès installe en 1869 une première conduite de 200 mètres, puis en 1882 une seconde de 500 mètres, lui permettant de produire de l’hydroélectricité pour éclairer son usine papetière. Frédérique Virieux, chargée de l’action culturelle, décrit le principe fondamental, inchangé depuis lors : des turbines transforment l’énergie de l’eau en énergie mécanique, puis « des dynamos transforment le mouvement de la turbine en électricité, et encore aujourd’hui, dans les centrales nouvelles, on retrouve la même façon de fonctionner. »

Brick Hydro exposition Bergès Hoffer Virieux

Des Lego pour donner à voir l’invisible

Le parti pris de l’exposition est aussi simple qu’efficace. Pour rendre accessible une mécanique souvent abstraite, la Maison Bergès a fait appel à des constructeurs Lego spécialisés. « On s’est dit qu’on allait utiliser les Lego pour inviter les gens à découvrir ces centrales », explique Frédérique Virieux. Les maquettes, réalisées par The Brick Detective de Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs et par Unibrick, reproduisent avec soin plusieurs sites du Grésivaudan, dont les trois grands barrages qui dominent la salle principale : Monteynard, Saint-Egrève et Grand’Maison.

Ce dernier, construit dans les années 1980, possède une particularité spectaculaire : « En seulement trois minutes, on peut mobiliser l’équivalent d’environ deux réacteurs nucléaires », souligne Madeleine Hoffer. Les Lego permettent aussi d’apprécier un détail souvent ignoré : « On peut admirer le soin que Maurice Bergès a porté à la construction de ces centrales, qui sont pratiquement toutes décorées. »

Une grande maquette collective vient compléter le dispositif : chaque troisième samedi du mois, les familles sont invitées à y ajouter des éléments, reconstituant progressivement le paysage hydroélectrique du lac Crozet jusqu’à l’Isère. À la fermeture de l’exposition, la maquette devrait être entièrement achevée par les visiteurs eux-mêmes.

1925-2025 : un centenaire en héritage

L’exposition s’inscrit dans la commémoration du centenaire de l’Exposition internationale de la Houille blanche et du Tourisme, organisée à Grenoble en 1925. La Maison Bergès en garde une trace exceptionnelle : un plan en relief de la vallée du Grésivaudan, imaginé par Aristide Bergès lui-même pour l’Exposition universelle de Paris de 1889, complété par ses descendants en 1925. « On se rend compte des massifs, des reliefs, et de la prouesse technique qu’ont représenté ces aménagements hydroélectriques », dit Madeleine Hoffer en contemplant cette vue à vol d’oiseau qui montre conduites forcées, usines et ressources naturelles dans leur contexte géographique réel.

Restauré cette année dans son intégralité pour la première fois, le plan peut désormais être contemplé en entier. « C’est quelque chose qui nous tenait à cœur, parce qu’il n’y avait jusqu’à présent qu’une partie du plan relief qui figurait dans le parcours du musée », confie la directrice.

Une exposition prolongée, des ressources pour prolonger la visite

Initialement prévue jusqu’au 19 mai, Brick Hydro. De l’eau à l’électricité a été prolongée jusqu’au 20 septembre 2026. À la boutique du musée, deux publications accompagnent l’exposition : un livret jeunesse De l’eau des glaciers à l’hydroélectricité, qui se termine par la fabrication d’une turbine en papier, et un numéro spécial de la revue du SILAC, association spécialisée en patrimoine industriel, consacré au centenaire de 1925.

👉 La Maison Bergès, l’un des 11 musées du département de l’Isère, est accessible gratuitement.

🎥 Reportage sur l’exposition

Partager cet article