Ce lundi 15 juin, les terminales des voies générales et technologiques ont planché quatre heures sur l’épreuve de philosophie, premier écrit d’une semaine décisive. Devant le lycée Stendhal à Grenoble, les impressions sont mitigées.
Trois sujets étaient au programme cette année : deux dissertations « Avons-nous la maîtrise de nos paroles ? » et « Peut-on être heureux quand les autres ne le sont pas ? » ainsi qu’un commentaire de texte extrait d’Humain trop humain de Nietzsche. Le sujet 2 a largement dominé les choix parmi les élèves interrogés devant le lycée Stendhal.
Marion y a vu une actualité évidente : « C’est un sujet assez moderne parce qu’il y a beaucoup de malheurs dans le monde. C’est compliqué, en vrai, d’être heureux actuellement. » Sortie au bout de 3h10, six pages au compteur, elle se montre plutôt confiante, tout en mesurant l’incertitude propre à la matière : « Je peux tout autant avoir 11 parce que le correcteur n’a pas aimé ce que j’ai dit, ou alors avoir 17 parce que j’ai eu une bonne réflexion. »

Clément a construit sa réflexion autour du lien entre bonheur individuel et collectif. Il a fait référence aux stoïciens et glissé dans sa deuxième partie l’expression « plus on est de fous, plus on rit » : « Il y a beaucoup de gens qui, comme moi, pensent beaucoup à leurs proches, à leur entourage, et qui sont beaucoup plus heureux quand les autres le sont aussi. C’était le pilier de ma dissertation. »
Billi, elle, a également choisi le sujet 2, sans vraiment le sentir : « C’est le sujet qui me parlait le plus, mais il m’a pas non plus énormément parlé. » Un sentiment qui reflète un rapport plus large à la discipline : « C’est pas vraiment mon truc, la philo du lycée. J’arrive pas trop à me mettre dans les cases. »
Le commentaire de texte, une valeur refuge
Valentin et Kylian ont tous deux écarté les dissertations au profit du commentaire de texte sur Nietzsche. Pour Valentin, le choix relevait d’une logique ancrée depuis le début de sa scolarité : « La dissertation, ça nécessite plus de connaissances, j’ai l’impression, et c’est plus de la construction, alors qu’on peut mieux suivre le sujet avec l’explication de texte. » Mais la stratégie n’a pas tout à fait payé. Sorti avant les trois heures, quatre pages rédigées, il admet un glissement thématique : « Je n’ai pas vraiment parlé de la science en tant que telle, j’ai plus parlé de la philosophie et de la raison. »
Kylian, lui, s’en sort mieux. Revenu spécialement en cours avec son professeur pour préparer l’épreuve, il avait revu ses bacs blancs et révisé les grandes thématiques. Le texte de Nietzsche, qu’il décrit comme abordant « la science, l’absurdité, l’instinct, la croyance », ne l’a pas déstabilisé. Il vise 13-14.

La philo, une épreuve relativisée
Coefficientée à 8 contre 16 pour chaque spécialité, la philosophie occupe une place particulière dans l’économie du bac : redoutée symboliquement, mais moins déterminante que les épreuves qui suivent. Valentin le formule clairement : « Pour la plupart des élèves, la philosophie, ce n’était pas au cœur des révisions. On s’est plus concentré sur nos spécialités parce que ça vaut plus et parce que c’est quelque chose qui nous intéresse plus. »
Une semaine qui ne fait que commencer
Spécialité théâtre, physique-chimie, SVT, géopolitique, les épreuves s’enchaînent dès le lendemain. La période pèse. Clément, qui prépare des fiches de révision depuis plusieurs semaines, décrit un épuisement progressif : « Le plus dur, c’est à partir du moment où on a fini ces fiches et qu’on doit juste les relire, les relire, et on a l’impression de ne pas vraiment connaître grand-chose. » Le stress, lui, a au moins le mérite de se dissiper une fois dans la salle. « Il part à partir du moment où l’épreuve commence », dit-il. Billi, elle, replace l’ensemble dans une perspective plus large : « On se sent pas très bien. Il y a beaucoup d’enjeux quand même. T’as pas le bac, tu peux même pas faire la vaisselle dans un resto. »
