Nouvelle équipe à la tête du barreau de Grenoble. Depuis le 1er janvier 2026, Maître Sandrine Fiat et Maître David Roguet incarnent la profession dans un contexte marqué par la montée du narcotrafic, les violences intrafamiliales et les bouleversements liés à l’intelligence artificielle. Invités de l’émission Le Plus, ils détaillent leurs priorités et les enjeux à venir.

À la tête d’un barreau qui compte environ 650 avocats, Sandrine Fiat rappelle la mission centrale du bâtonnier : « on est là pour représenter la profession […] et assurer la défense des avocats ». Le barreau de Grenoble figure parmi les plus importants de France, intégré à la « conférence des 100 ». Son vice-bâtonnier David Roguet précise le fonctionnement du binôme : « on se répartit les tâches au feeling », entre gestion administrative et missions de représentation. Une organisation souple pour faire face à un quotidien dense.

Une profession féminisée et en mutation

Le barreau grenoblois reflète une tendance nationale : une forte féminisation de la profession. « On est à peu près à 65-66 % d’avocates », souligne Sandrine Fiat, évoquant une évolution récente mais marquée. Cette transformation s’inscrit dans un contexte plus large de mutation des métiers judiciaires, où les femmes sont désormais majoritaires.

Attirer les jeunes avocats, un défi majeur

Le manque d’attractivité du barreau de Grenoble constitue un chantier central. « On a des difficultés à recruter des jeunes avocats », reconnaît Sandrine Fiat. En cause notamment : la formation centralisée à Lyon, qui incite les jeunes à y rester. Pour y remédier, le barreau mise sur de meilleures conditions d’installation et un accompagnement renforcé, notamment via une commission dédiée.

Narcotrafic et sécurité : une pression accrue

Dans un climat marqué par la montée du narcotrafic, les avocats sont confrontés à de nouvelles tensions. « Les avocats sont là pour défendre […] sans considération de la gravité des faits », rappelle Sandrine Fiat, insistant sur la présomption d’innocence. Mais les risques existent : David Roguet évoque des confrères déjà menacés, parfois directement dans leurs cabinets. Le rôle du bâtonnier devient alors aussi celui d’un soutien institutionnel et sécuritaire.

Violences intrafamiliales : une justice plus réactive

Autre priorité : les violences intrafamiliales, en forte hausse. « Il y a une volonté […] de permettre des audiences spécifiques », explique David Roguet, saluant les efforts du parquet de Grenoble. Si la justice progresse, les moyens restent un enjeu. « L’engorgement » des tribunaux limite encore la rapidité des procédures, malgré une prise en charge plus sérieuse qu’auparavant.

Intelligence artificielle : une révolution à anticiper

L’irruption de l’intelligence artificielle dans le monde juridique bouscule la profession. « Notre métier, c’est en partie de gérer de la donnée […] l’intelligence artificielle le fera sans doute mieux que nous », alerte David Roguet. Entre enjeux de confidentialité, fiabilité des sources et transformation du métier, les avocats doivent rapidement s’adapter à cette nouvelle donne technologique.

Grève le 1er avril et journée « Justice morte » le 13 avril

Parmi les autres motifs d’inquiétude de la profession, le projet de loi SURE, examiné à partir du 1er avril au Sénat. Imaginé pour tenter de répondre à l’engorgement des juridictions criminelles, il prévoit entre autres, de créer une procédure de jugement des crimes reconnus (PJCR). Un «plaider-coupable criminel» qui permettrait, en cas de reconnaissance de sa culpabilité et avec l’accord de la partie civile, à une personne accusée de crime, d’accepter une peine proposée par le ministère public. Peine qui ne pourrait excéder les deux-tiers de la peine encourue (30 ans lorsque la peine encourue est la réclusion criminelle à perpétuité) et devrait être homologuée par une cour d’assises. Comme la plupart des Barreaux de France, celui de Grenoble dénonce notamment«une atteinte à l’oralité des débats et au caractère contradictoire du procès criminel». Ce mercredi ils seront en grève pour certaines comparutions, et demanderont le renvoi des audiences pénales. Les avocats prévoient d’organiser une journée « Justice morte »le 13 avril.

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