L’opposition grenobloise interpelle cette semaine le Parquet national financier sur l’enquête pour concussion visant Éric Piolle et Élisa Martin. Elle laisse entendre que la procédure ouverte en 2024 à Grenoble puis dépaysée à Valence se serait perdue entre les deux juridictions.
L’affaire avait fait grand bruit il y a deux ans avant de disparaître des radars médiatiques faute de nouveaux éléments. Le 5 juin 2024, une enquête préliminaire avait été ouverte par le parquet de Grenoble pour des faits présumés de « concussion » et de « recel de ce délit ».
Elle faisait suite aux révélations du Canard enchaîné concernant un système présumé de versements en espèces dont aurait bénéficié Élisa Martin, aujourd’hui députée de La France Insoumise, lorsqu’elle était première adjointe de la ville de Grenoble.

Les accusations d’un ancien collaborateur
Le mécanisme aurait été mis en place en décembre 2016 : le salaire d’Enzo Lesourt, conseiller spécial d’Éric Piolle, serait passé de 3 000 à 3 600 €, avec pour contrepartie présumée le reversement mensuel de 400 € à Élisa Martin. Les versements auraient commencé en janvier 2017 et se seraient arrêtés en juin 2020, au moment de la fin du premier mandat municipal.
C’est en tout cas ce qu’a raconté aux enquêteurs l’ancien conseiller du maire de Grenoble de l’époque qui a été licencié quelques années plus tard. Eric Piolle avait justifié ces accusations par une volonté de vengeance de son ancien collaborateur suite à son licenciement en 2022. A charge pour la justice de trancher entre ces deux versions.
Le dossier s’est-il perdu ?
En 2025, cette enquête sensible impliquant directement le maire de Grenoble avait été délocalisée au parquet de Valence. Souhaitant connaître son état d’avancement, le groupe d’opposition de la droite et du centre a interrogé la justice au mois d’août. Et la réponse qui lui a été faite peut paraître surprenante.
Le tribunal judiciaire de Valence indique qu’« à ce jour, la procédure n’est pas enregistrée au parquet ». Le document précise également que les investigations des services d’enquête étaient « probablement toujours en cours » et que la procédure serait transmise au parquet une fois celles-ci terminées.
Le dossier se serait-il perdu dans les limbes administratives d’une justice en manque de moyens ? Le parquet de Valence a depuis rectifié le tir en affirmant que l’enquête était terminée et que le procureur de la République allait prochainement statuer sur ce dossier.
Le Parquet national financier interpellé
Entre temps, le groupe d’opposition Réconcilier Grenoble a décidé de saisir une autre juridiction : le Parquet national financier pour lui demander s’il avait été informé de l’existence de cette procédure et d’examiner l’opportunité de s’en saisir.
Pour appuyer sa démarche, les élus invoquent l’article 705 du Code de procédure pénale, qui prévoit notamment une compétence du Parquet national financier pour certaines atteintes à la probité présentant un degré important de complexité. On se sait pas si cette affaire rentrera dans ces critères mais on attend avec intérêt la réponse que fera le PNF.
👉 Le courrier envoyé au PNF par les élus d’opposition