À Grenoble, derrière les murs blindés d’une cellule d’irradiation du CEA, une opération aussi discrète qu’essentielle se joue. C’est ici qu’ARC-Nucléart, laboratoire unique en France, utilise des rayons gamma pour sauver les objets du patrimoine. Cette fois, la patiente est une pièce rare : une maquette de la ville de Douai datant de 1709, rongée par les moisissures.
Une intervention radicale contre un ennemi invisible
« Ici, aucun être vivant ne peut survivre.« La voix off plante le décor. Dans ce bunker de béton, des sources de cobalt 60 diffusent une énergie un million de fois plus puissante que la lumière visible. L’objectif : éradiquer les moisissures, sans toucher à l’objet. Laurent Cortella, physicien et responsable des radiations chez ARC-Nucléart, commente devant les visiteurs :
« On va rentrer dans la cellule d’irradiation. C’est là qu’on peut sortir les sources radioactives. On va pouvoir donc récupérer les objets qui ont été irradiés. En l’occurrence, le plan-relief qui représente la ville de Douai. »
Des rayons pour restaurer la mémoire
Cette technique d’irradiation, utilisée ici pendant 70 heures, s’applique précisément à désinfecter des objets complexes, fragiles, et souvent uniques. « On est sûr d’atteindre toutes les parties de l’objet, même les parties un peu dérobées, à l’intérieur, entre des fissures » explique encore Laurent Cortella. Car dans ce type de maquette historique, le bois, la colle et les pigments sont autant de niches pour les champignons.
Un combat permanent contre le temps
L’humidité, les écarts de température, les manipulations, les transports… Les causes de détérioration du patrimoine sont multiples. Et c’est là qu’intervient ARC-Nucléart, pionnier du traitement des œuvres au rayonnement ionisant. Amy Benadiba, directrice scientifique et culturelle, détaille l’ampleur des missions du laboratoire : « On travaille pour énormément de communes et musées en France et à travers le monde. Parmi les œuvres majeures qu’on a traitées, il y a bien sûr la momie de Ramsès II en 1977. Et depuis, des tableaux infestés par la mérule, des momies, des collections d’ethnologie… Récemment, des pièces venues du Sénégal destinées au musée Dauphinois. » L’atelier grenoblois se transforme ainsi en musée invisible, en perpétuel renouvellement, où passent statues, peintures, textiles, objets archéologiques…
Découvrez la vidéo de cette intervention au cœur d’un patrimoine irradié pour mieux renaître.