Fermé par arrêté municipal en 2024 pour des raisons de sécurité, l’immeuble du Carrare fait l’objet de travaux depuis plus d’un an. Les copropriétaires affirment avoir rempli l’ensemble des obligations techniques et sollicitent désormais la levée de l’arrêté, ils présenteront la requête en mairie ce vendredi 20 février à 17h.
L’immeuble avait été évacué à l’automne 2024 après plusieurs signalements faisant état de squats, de dégradations et de points de deal, combinés à des risques électriques et incendie relevés par les autorités. Selon le président du conseil syndical, les travaux ont été votés en assemblée générale en octobre 2024 et engagés immédiatement. « Depuis mardi dernier, on a terminé tout ce qu’on pouvait faire, à notre niveau« , explique le président du Conseil syndical de copropriété. La réouverture a toutefois été conditionnée à une intervention sur le réseau électrique, relevant d’Enedis. D’après les copropriétaires, cette opération a nécessité plusieurs mois d’attente avant d’être programmée. « Alors que les travaux ont été réalisés en quelques heures le jour de l’intervention, le 4 novembre ! » soulignent-ils.
Contrôles techniques et travaux complémentaires
À la suite de cette intervention, un bureau de contrôle a été missionné pour vérifier la conformité du bâtiment à l’arrêté de mise en sécurité. Le rapport établi par l’APAVE, après une visite début 2026, indique que les points critiques précédemment signalés par Socotec ont été levés. Mais des recommandations complémentaires avaient été formulées. « Nous les avons appliquées intégralement, et même plus. » affirme le conseil syndical. « Nous avons anticipé les moindres détails qui pourraient être soulevés. Nous avons retiré certains matériaux jugés inflammables, en remplaçant les portes en bois par des fermetures métalliques, en procédant à des finitions supplémentaires et à un nettoyage complet du bâtiment, afin de sécuriser la future réouverture« .
Une demande officielle de levée de l’arrêté
La copropriété estime aujourd’hui avoir rempli toutes les conditions prévues par l’arrêté municipal pour en permettre la levée. Tout en prenant très au sérieux la question de la sécurité. « On n’est pas irresponsables », avoue le président du conseil syndical de copropriété. « On sait bien qu’il existe un risque de réitération de tout ce qu’il s’est passé… donc notre avocat a adressé un long courrier à la Préfecture, ils ne nous ont jamais répondu ! Alors on a imaginé engager un agent de sécurité, et on va le payer nous.«
Le point de vue de la maire d’Echirolles
La maire d’Echirolles, Amandine Demore, nous a confié son inquiétude. « Si toutes les conditions sont remplies, et confirmées par des expertises, on étudiera la réouverture, oui. Mais il existe un risque de retour à la situation qui a conduit à fermer le Carrare. Car la configuration de l’immeuble n’a pas changé, elle est toujours ‘en dent creuse’. Il faut savoir que la Préfète de l’Isère a lancé un plan de sauvegarde de l’immeuble à l’automne. Les Services de l’Etat, la commune d’Echirolles, la Métropole (compétente en matière de logement ndlr.) et le syndicat de copropriété, avons été réunis en janvier, et chacun a pu s’exprimer notamment sur cette question de la sécurité. Mais le Sous-préfet a rappelé qu’on ne peut pas affecter une équipe de Police nationale 24h sur 24 ! » Et d’insister : « Je rappelle l’enfer qu’a été le bâtiment le Carrare les derniers mois avant sa fermeture. Un locataire s’est défenestré pour fuir les dealers. Des tirs par armes à feu avaient été relevés devant le Carrare, où siégeait un point de deal extrêmement dur.«
Une situation financière sous tension
Depuis la fermeture de l’immeuble, les propriétaires continuent de régler leurs charges de copropriété, leurs taxes foncières et leurs crédits, sans percevoir de loyers. Selon le conseil syndical, l’ensemble des travaux a été financé sans subvention publique, uniquement par les fonds de la copropriété. « On sait que cette situation n’est pas simple « , concède Amandine Demore. « Mais la collectivité a versé beaucoup d’argent pour mettre à l’abri les locataires évacués, c’est Echirolles qui a payé les factures d’hôtel et s’est mobilisé pour trouver des solutions plus durables. La Commune a également effectué des travaux de sécurisation de l’entrée de l’immeuble, pour que le bâtiment soit inviolable.«
Une préemption au rabais ?
Le Conseil syndical dénonce par ailleurs l’application du droit de préemption renforcé, qu’ils estiment les pénaliser financièrement. Selon eux, ce dispositif les empêche de vendre leurs appartements au prix du marché et conduit la mairie à proposer des rachats à des montants très inférieurs aux investissements réalisés pour les travaux de remise en état. Un exemple cité par le président du conseil syndical : un studio initialement vendu 35 000 € s’est vu proposé en préemption pour 15 000 €, la transaction finale se montant à 17 000 €. Les copropriétaires soulignent que ces situations, combinées aux charges et taxes qu’ils continuent de payer, aggravent leur préjudice financier. Ils espèrent très rapidement une décision officielle sur la levée de l’arrêté et la possibilité de remettre les logements sur le marché locatif.