Ce mardi 12 mai, une centaine d’étudiants et de personnels de l’Université Grenoble Alpes (UGA) se sont rassemblés devant le parvis de la présidence. Au cœur des revendications : le plan gouvernemental « Choose France For Higher Education », qui prévoit d’imposer des droits d’inscription différenciés aux étudiants hors Union européenne.
À l’appel d’une mobilisation nationale, des manifestants grenoblois ont exprimé leur colère face au plan « Choose France For Higher Education ». Ce projet prévoit que 90 % des étudiants étrangers extracommunautaires paient désormais 2 895 euros en licence et 3 941 euros en master, contre quelques centaines d’euros actuellement.

Un front syndical contre la « privatisation »
Pour les organisations syndicales présentes, cette réforme n’est que la première étape d’un désengagement de l’État. Léonce Doudat, président de l’UNEF Grenoble, y voit une « mesure évidemment xénophobe » visant à « forcer l’application des frais « Bienvenue en France » ». Au-delà de la solidarité internationale, le syndicaliste s’inquiète d’une bascule idéologique : « in fine, c’est quoi, c’est la privatisation pure et simple de l’enseignement supérieur ».
Selon lui, le gouvernement cherche à faire porter le poids de l’austérité budgétaire sur les plus fragiles, craignant que « dans quelques années ça va être pour tous les étudiants ». Cette journée de mobilisation se veut un premier avertissement, car pour les manifestants, « une journée ça suffira pas, il faudra un mouvement de grève bien plus large ».

Le CUEF : un service public international en péril
Le Centre Universitaire d’Études Françaises (CUEF), véritable porte d’entrée pour les étudiants internationaux à Grenoble, se retrouve en première ligne. Samira Saïdoune, co-secrétaire générale de la CGT Université de Grenoble et enseignante en FLE (Français Langue Étrangère), dénonce une mesure qui vient « remettre en question aussi notre enseignement public, normalement laïque et gratuit ».
L’inquiétude est particulièrement forte pour l’avenir des effectifs : « sur ma composante, il y a 2800 étudiants, et 68% d’étudiants internationaux qui ne viendront peut-être plus ». Face au nom du plan gouvernemental, l’enseignante ne cache pas son amertume : « le nom est déjà sarcastique. « Bienvenue en France », pour les Français, pour payer l’éducation de tout le monde par les étrangers ».

Des projets de vie menacés par le « mur » financier
Sur le parvis, les témoignages des premiers concernés se succèdent, illustrant une réalité brutale. Lili Song, étudiante chinoise, confie son désarroi alors qu’elle travaille déjà à temps partiel : « si les frais d’inscription augmentent, ça sera beaucoup plus difficile pour moi de continuer mes études en France. […] 4000 €, c’est insupportable ».
Pour Josiane Chen, également venue de Chine, l’aspect symbolique de la réforme est particulièrement douloureux. Elle juge le message envoyé par la France comme « très raciste » et souligne l’absurdité de la situation : « ce plan qui s’appelle « Bienvenue en France » est vraiment ironique. Ça n’a pas du tout de sens ».

Gaith Al Dbiyat, étudiant syrien, s’inquiète pour sa part de l’image de marque de l’enseignement français à l’étranger. Pour lui, cette loi est un repoussoir : « on donne une image pour les étudiants étrangers pour ne pas venir en France.». Il craint qu’à terme, « les enseignants restent seuls, sans étudiants ».
Un recul partiel du ministère
Face à la pression des campus, le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a annoncé aujourd’hui, mardi 12 mai, un premier assouplissement. Le quota d’exonération que les universités peuvent appliquer passera de 10 % à 20 % de leurs étudiants internationaux.
Si le ministère invoque une volonté de « plus de souplesse » pour faciliter la mise en œuvre de la réforme, cette concession semble dérisoire pour les manifestants de l’UGA. Pour eux, le combat continue pour préserver un modèle d’université ouverte à tous, sans distinction de nationalité.