Familles, proches et élus se sont recueillis au parc Mistral pour raviver la mémoire des six enfants et de leur accompagnatrice, emportés par le Drac le 4 décembre en 1995. Le mémorial, vandalisé l’an dernier, a retrouvé sa fontaine restaurée, symbole d’un hommage vivant et d’un devoir de prévention.
Comment une sortie scolaire ordinaire s’est muée en tragédie
Le 4 décembre 1995, une classe de CE1 de l’Externat Notre-Dame observe l’habitat des castors dans le lit du Drac, à Saint-Georges-de-Commiers. Les enfants, leur institutrice et une accompagnatrice de la Ville de Grenoble, se trouvent sur les gravières lorsque le débit du barrage de Notre-Dame-de-Commiers, en amont, augmente soudainement. Provoquée par un lâcher d’eau d’EDF, la montée des eaux est subite, brutale. Le choc est immense : six écoliers et l’accompagnatrice Geneviève Jager périssent, tandis que les secours, mobilisés par centaines, tentent l’impossible. Sur les 22 élèves présents, plusieurs survivront, mais tous resteront profondément choqués.
Les procès, les débats houleux sur les responsabilités et les relaxes successives laisseront une vive blessure. L’accident, désormais souvent désigné comme la « tragédie du Drac », figure parmi les drames les plus marquants de l’histoire de l’Isère et a contribué à durcir la réglementation encadrant les sorties scolaires.
Au parc Mistral, une fontaine restaurée pour un hommage vivant
Ce jeudi 4 décembre, la fontaine du mémorial du parc Mistral s’est remise à couler, face à l’anneau de vitesse. Une eau longtemps silencieuse, depuis que le monument avait été vandalisé en 2024. Familles, proches, élus et habitants s’y sont rassemblés à l’occasion d’un moment de recueillement sobre et chargé d’émotion. « C’est un geste qui symbolise ce deuil, cette douleur, mais aussi l’eau et la vie », souligne Emmanuel Carroz, adjoint au maire en charge de la Mémoire.
Volée pour ses matériaux en 2024, la fontaine a pu renaître grâce à la mobilisation du collectif de familles, du fondeur, de l’artiste et de la mairie. Rétablie en circuit fermé, elle porte à nouveau les noms des enfants disparus, entourés de dessins qui leur rendent hommage. Les familles ont souhaité une eau potable, claire, vivante, pour que le souvenir ne soit pas figé mais qu’il continue, symboliquement, de circuler.
Familles et proches : une douleur intacte, une mémoire partagée
L’émotion, trente ans après, reste palpable. Thémis, la sœur jumelle de Soline, évoque une absence qui ne s’est jamais apaisée : « On s’en rappelle encore tous les jours. On est obligés de vivre avec ça… Pour que ce drame n’arrive plus jamais. » Maître Joëlle Vernay, avocate des familles, immortalise les sourires dignes devant la fontaine restaurée. Elle salue la solidarité des proches, restée intacte au fil des années. « C’est un symbole d’eau, de vie qui continue malgré le drame », rappelle-t-elle, insistant sur l’impact de ce drame dans la prise de conscience et l’évolution des responsabilités, et des règlementations encadrant les sorties scolaires. La famille du petit Thamy, se resserre sans retenir ses larmes, en remettant en eau la fontaine. « C’est un jour très important. Comme beaucoup de Grenoblois, je viens ici pour me promener… Quel choc, quelle tristesse, le jour où j’ai vu qu’elle n’y était plus ! »
Se souvenir pour transmettre, et prévenir
Trente ans après, le drame rappelle la fragilité des milieux naturels, la responsabilité des exploitants et la nécessité de règles strictes pour les sorties scolaires. À Grenoble comme dans l’ensemble de l’agglomération, l’événement continue de hanter les mémoires et d’inspirer les politiques de prévention.
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