Au cœur des violences qui ont secoué Grenoble samedi dernier, Le Beaulieu, place Gustave-Rivet, a échappé aux dégradations. Pourtant, le bar s’est retrouvé aux premières loges des affrontements. Son gérant raconte comment il a réussi à protéger son commerce.

Si le bar est habituellement fermé le week-end, Antoine Blanco, le gérant du Beaulieu, avait décidé de mobiliser ses salariés, mais aussi des amis et des membres de sa famille, pour être présents au moment du passage de la manifestation devant son établissement : « On était une trentaine. On a pris le café entre copains, puis on s’est positionnés devant les vitrines. »

La présence des forces de l’ordre, qui barraient l’accès au boulevard Gambetta, a rapidement fait monter la tension avec les manifestants les plus radicaux. « Quand j’ai vu comment ça partait, je me suis dit : c’est fini, ils vont tout casser », témoigne Antoine Blanco.

Mais son équipe est restée en place, malgré le bal des projectiles et des grenades lacrymogènes qui fusaient de part et d’autre. « C’était horrible. Ça piquait les yeux. Heureusement, on avait des masques et du sérum physiologique. »

D’autres commerces vandalisés

La mobilisation a payé : le Beaulieu n’a subi aucun dégât, contrairement à l’agence du Crédit Agricole et au restaurant Pizza Hut, situés juste en face, qui ont été durement touchés.

Ce samedi, à l’occasion d’une nouvelle journée de mobilisation, le gérant compte donc à nouveau rassembler ses troupes. « Mais on ne veut pas passer pour des fous. On n’est pas là pour se battre », précise-t-il.

Et de souligner que sa démarche ne traduit aucune opposition au mouvement social, au contraire : « On soutient les manifestants et leurs revendications sur la vie trop chère. On la subit tous. On avait mis des pancartes devant le bar pour l’expliquer. »

manif du 24 octobre casse banque crédit agricole
Le Crédit agricole juste en face du Beaulieu…

La colère monte chez les commerçants

Comme lui, d’autres commerçants grenoblois ont décidé de ne pas laisser faire. « On ne peut pas compter sur la police qui est complètement débordée  » estime le gérant d’une agence immobilière. « Et même quand il n’y a rien à voler comme chez nous, ils cassent quand même donc moi aussi je serai présent pour protéger mon agence samedi. »

Derrière ces actions un peu désespérées, on sent beaucoup de colère. Une fleuriste grenobloise a d’ailleurs écrit au Premier ministre pour lui expliquer qu’elle ne paierait plus ses taxes à l’Etat puisque ce dernier n’était pas en mesure de garantir la sécurité de son commerce.

Le supermarché Spar pillé le 24 octobre
Face à la meute, le gérant du Spar n’a rien pu faire.

Une arme a feu sortie cours Jean-Jaurès

Mais face à des groupes déterminés, la marge de manœuvre de tous ces commerçants reste limitée. Le 24 octobre, le gérant et le vigile du supermarché Spar, situé avenue Albert-Ier-de-Belgique n’ont rien pu faire face aux individus qui ont dévalisé leur magasin.

Une heure plus tôt, sur le cours Jean-Jaurès, un autre gérant de supérette était parvenu à empêcher le pillage de son commerce en menaçant, avec une arme à feu, les individus qui s’apprêtaient à l’attaquer (vidéo ci-dessous). Le procureur de la République de Grenoble a d’ailleurs ouvert une enquête sur cet incident.

À Grenoble, certains commerçants en sont donc désormais réduits à assurer eux-mêmes la protection de leur établissement. Une situation qui pose une question de plus en plus pressante : jusqu’où devront-ils aller pour éviter la casse ?