Plus de 35 ans après les premières réflexions sur la liaison ferroviaire Lyon-Turin, le projet continue de diviser. Samedi 31 octobre, les opposants organisent une journée de mobilisation à Chapareillan, sur le thème d’Halloween.

Le Lyon-Turin n’en finit pas de faire parler de lui. Imaginée à la fin des années 1980, cette nouvelle liaison ferroviaire entre la France et l’Italie est devenue l’un des plus anciens et des plus importants projets d’infrastructures européens. Mais aussi l’un des plus contestés.

Samedi 31 octobre, les opposants donnent rendez-vous à Chapareillan, dans la vallée du Grésivaudan, pour une journée de mobilisation baptisée « Le chantier de l’horreur ». Un clin d’œil à Halloween pour dénoncer les conséquences environnementales, économiques et financières d’un chantier dont les travaux se poursuivent malgré les critiques.

Un projet qui traverse les générations

Le projet Lyon-Turin remonte à la fin des années 1980. À cette époque, les pouvoirs publics français et italiens envisagent une nouvelle liaison ferroviaire destinée à faciliter le transport des voyageurs et surtout des marchandises à travers les Alpes.

En 1991, le projet est officiellement lancé lors d’un sommet franco-italien. Les études se multiplient au cours des années suivantes, avant la signature d’un premier accord entre la France et l’Italie en janvier 2001.

Depuis, les gouvernements se succèdent, les calendriers sont régulièrement repoussés et les estimations financières évoluent, à la hausse. Mais le projet, lui, demeure.

Parcours carte Lyon Turin

Le bout du tunnel est encore loin

Au cœur du dispositif figure un tunnel de base de 57,5 kilomètres sous les Alpes, entre Saint-Jean-de-Maurienne et Suse, en Italie. Un ouvrage colossal destiné à accueillir des trains de voyageurs et de marchandises.

Trente-cinq ans après les premières décisions politiques, le tunnel n’est toujours pas achevé (il reste 70 % du tracé à creuser). Sa mise en service est désormais envisagée pour la fin de l’année 2033, tandis que les nouvelles lignes d’accès côté français pourraient être réalisées bien plus tard.

Tunnel Lyon-Turin
Près d’un tiers du tunnel principal serait déjà creusé.

Plusieurs dizaines de milliards d’euros

Le coût constitue l’un des principaux arguments des opposants. Pour la seule section transfrontalière incluant le grand tunnel, l’estimation officielle a été réévaluée à plus de 11 milliards d’euros. Mais cette somme ne comprend pas l’ensemble des nouvelles infrastructures ferroviaires nécessaires entre Lyon et les Alpes.

En intégrant les accès français et italiens, le coût global se chiffre en plusieurs dizaines de milliards d’euros. Les opposants dénoncent une dépense disproportionnée, alors qu’une ligne ferroviaire existe déjà entre la France et l’Italie, via le tunnel historique du Fréjus. Selon eux, l’amélioration de cette infrastructure permettrait de développer le fret ferroviaire sans engager des travaux aussi considérables.

À l’inverse, les défenseurs du Lyon-Turin considèrent que la nouvelle liaison est indispensable pour rendre le rail plus compétitif face à la route. SNCF Réseau avance notamment l’objectif d’un million de poids lourds en moins chaque année dans les vallées alpines, grâce au transfert des marchandises vers le train.

Chantier Tunnel Lyon-Turin
L’entrée du tunnel côté français.

Chapareillan, les opposants mobilisés

Située sur le futur tracé, la commune de Chapareillan occupe une place particulière dans cette contestation. C’est ici qu’a été créé, en 2010, le Collectif contre le Lyon-Turin. Depuis seize ans, ses membres multiplient les réunions publiques, les interventions et les mobilisations pour alerter sur les conséquences du projet.

Leurs inquiétudes portent notamment sur les ressources en eau, les terres agricoles, les nuisances liées aux travaux et les risques environnementaux dans les vallées alpines. Ils contestent surtout la pertinence économique du projet et les prévisions de trafic utilisées pour le justifier.

Non au Lyon-Turin / Chapareillan
La ligne doit passer par Chapareillan.

Une journée festive le 31 octobre

Les opposants mettent également en avant les difficultés rencontrées sur certains chantiers de reconnaissance en Maurienne, avec des témoignages faisant état de perturbations de sources, de nuisances et de dommages aux habitations.

Ce samedi ils proposent une journée festive et familiale. De 11 heures à minuit, la salle polyvalente de Chapareillan accueillera spectacles, concerts, ateliers, balade naturaliste et temps d’échanges autour du projet.