Pour ne pas revivre un samedi noir comme celui du 17 octobre, la préfecture de l’Isère a pris deux arrêtés qui s’appliqueront tout au long du week-end. Le premier interdit les défilés dans le centre-ville de Grenoble et le second prohibe le fait de se masquer le visage et de transporter des fumigènes, du combustible ou des armes.
Ces mesures administratives exceptionnelles entreront en vigueur dès jeudi et resteront applicables jusqu’à dimanche. « L’objectif est de préserver l’hyper-centre de Grenoble, extrêmement éprouvé samedi dernier par une violence inouie », explique la préfète de l’Isère.
« Préserver le droit à manifester et la liberté d’expression est une priorité absolue » poursuit Catherine Seguin. « Mais nous avons demandé aux organisateurs des manifestations déclarées de revoir leur parcours. Certains l’ont fait spontanément, d’autres ont mis un peu plus de temps à percuter. »

Les Gilets jaunes, qui avaient donné rendez-vous à 14 heures place Victor-Hugo, partiront finalement de la gare pour défiler sur les grands boulevards jusqu’à l’anneau de vitesse. Un autre cortège est prévu à l’appel des syndicats étudiants Unef et Solidaires. Lui non plus ne pourra pas traverser le centre-ville.
Interdiction de se cacher le visage
« Notre priorité sera de faire respecter cette interdiction », annonce Jérôme Chappa, le directeur interdépartemental de la Police nationale. La possibilité d’interpeller les personnes masquées donne un outil supplémentaire aux forces de l’ordre pour intervenir de façon préventive : « ce sera une circonstance aggravante en cas d’interpellation. »
La semaine dernière, la Préfecture estime qu’il y avait environ 300 activistes d’extrême gauche, vêtus de noir de la tête aux pieds. Ils ont attaqué les forces de l’ordre avant de s’en prendre aux commerces. Au total, 106 établissements ont été touchés dont 24 pillés, 30 policiers ont été blessés ainsi que deux pompiers.

Un couvre-feu possible après la manif
Certains « black blocs » étaient venus d’ailleurs. Seront-ils à nouveau présents samedi ? « Jusqu’au dernier moment, je me réserve la possibilité administrative d’interdire des manifestations si nos renseignements nous révèlent qu’il pourrait y avoir des intentions non conformes à la loi », prévient la préfète, qui rappelle que c’est d’abord aux organisateurs d’assurer la sécurité de leur manifestation.
En cas d’incidents majeurs, Catherine Seguin envisage également de mettre en place un couvre-feu dans le prolongement des manifestations. Des soldats seront également déployés sur les sites publics dans le cadre de l’opération Sentinelle.
Ouvrir ou ne pas ouvrir son commerce ?
Quant à savoir si les commerçants peuvent malgré tout ouvrir leurs boutiques ce samedi, la Préfecture ne donne pas de consignes : « chacun est libre de son choix. On fera le maximum pour maintenir l’ordre. » Des renforts ont été demandés mais sans garantie de les obtenir…
La journée sera certainement décisive pour la suite. « Si samedi, ça se passe bien, on pourra être plus positif », estime Emmanuel Lenoir, le président de l’association des commerçants Labelville. « Mais si ça se passe mal, ce sera un autre débat… » Grenoble retient son souffle !


