Nouveaux rebondissements cette semaine dans l’affaire Crinon. Le hockeyeur grenoblois sera finalement jugé par le tribunal correctionnel pour une bagarre survenue lors d’un match. Alors qu’elle croule déjà sous les dossiers, la justice a-t-elle les moyens de se mêler de ce genre d’affaires ?

Pas sûr qu’en en venant aux mains avec le gardien d’Angers lors d’un match de championnat à la patinoire Polesud, le 30 novembre 2025, le hockeyeur Pierre Crinon imaginait le feuilleton judiciaire qu’allait engendrer son coup de poing.

La plainte de Mathew O’Connor avait d’abord été classée sans suite par la justice grenobloise, qui estimait que le gardien angevin avait eu une attitude provocante avant le déclenchement de la bagarre.

Mais à la suite d’une nouvelle rixe impliquant Pierre Crinon lors d’un match entre la France et le Canada aux Jeux olympiques de Milan, le procureur de la République avait décidé de rouvrir le dossier, estimant que le défenseur grenoblois n’avait pas su saisir l’opportunité de changer son comportement violent.

Pierre crinon bagarre
Une nouvelle bagarre lors des Jeux olympiques a relancé la procédure

Plus d’ITT que pour un viol…

Après un débat juridique visant à déterminer si le fait de frapper avec ou sans les gants pouvait constituer une circonstance aggravante, le procès prévu en avril avait été renvoyé en octobre afin d’accéder à des demandes d’expertises supplémentaires.

Des expertises qui ont conclu à l’absence de lésions cérébrales pour Mathew O’Connor, mais qui ont paradoxalement multiplié par dix le nombre de jours d’ITT, initialement fixé à trois. Le gardien d’Angers a évoqué des dommages psychologiques, qui ne sont pas toujours simples à évaluer.

Quand on sait qu’en cas de viol ou d’agression physique, les jours d’ITT dépassent rarement une semaine, on peut s’interroger sur le bien-fondé de cette expertise. C’est d’ailleurs ce qu’a fait le procureur de la République de Grenoble, Étienne Manteaux, lundi 5 octobre, lors d’une audience consacrée à l’affaire Crinon.

Bagarre contre Angers : Crinon privé de JO ? Le défenseur s'excuse.
Le gardien angevin Mathew O’Connor après la bagarre qu’il a provoqué

Un procès fixé au 1er juillet

Car cette augmentation du nombre de jours d’ITT change également la qualification des faits. Au-delà de huit jours, ce n’est plus le tribunal de police, comme initialement prévu, qui est compétent, mais le tribunal correctionnel.

Sur le papier, le hockeyeur grenoblois, qui risquait une simple amende, pourrait cette fois encourir une peine de prison, même si les faits, eux, n’ont pas changé. Ce nouveau procès a été fixé au 1er juillet. D’ici là, une contre-expertise pourrait être demandée ou d’autres actes juridiques engagés.

Il y a quelques mois, l’opinion publique découvrait, effarée, que des centaines de plaintes concernant des viols sur des enfants dormaient sous les piles de dossiers de magistrats surchargés. Alors, on peut se demander si la justice française n’a pas d’autres priorités que de passer du temps à traiter une bagarre somme toute assez banale entre deux hockeyeurs consentant à l’affrontement.

Et le coup de boule de Zidane ?

Ce genre de scènes se voit très régulièrement, pour ne pas dire chaque semaine, sur les patinoires françaises. On peut le regretter, mais, en hockey sur glace, « le coup de poing » fait presque partie de la culture de ce sport de contact.

Et si l’on élargit la réflexion à d’autres disciplines et que l’on veut rester cohérent, Zinédine Zidane aurait dû rendre des comptes à la justice après son célèbre mais peu recommandable coup de tête à l’Italien Marco Materazzi en finale de la Coupe du monde 2006.

Jusqu’à maintenant c’était aux instances sportives de prendre des sanctions après ce type d’incidents. Vu l’encombrement des tribunaux français, il faut souhaiter que l’affaire grenobloise ne fasse pas jurisprudence…

🎥 La bagarre à l’origine de la plainte

🎥 Mathew O’Connor après la bagarre