Alors que la mobilisation lycéenne s’est accompagnée de violences et de nombreuses interpellations en Isère, plusieurs élus, responsables politiques et enseignants apportent leur soutien aux revendications des élèves, tout en appelant majoritairement au calme.

Après plusieurs jours de blocages, de manifestations mais aussi d’affrontements aux abords de certains établissements, le mouvement lycéen continue de susciter de nombreuses réactions en Isère. Et face à la réponse sécuritaire apportée aux incidents, plusieurs voix s’élèvent pour demander que le fond des revendications des jeunes ne soit pas occulté.

Classes surchargées, manque d’enseignants, d’AED ou d’infirmières scolaires, emplois du temps difficiles, état de certains bâtiments : les motifs de mécontentement avancés par les lycéens trouvent ainsi un écho auprès de plusieurs élus locaux et d’une partie du corps enseignant.

Laurence Ruffin : Leur colère est légitime

À Grenoble, la maire écologiste Laurence Ruffin affiche clairement son soutien aux revendications. « Leur colère et leurs revendications sont légitimes », affirme-t-elle. Elle pointe notamment les classes surchargées, le manque d’enseignants et de personnels ou encore la dégradation des conditions d’accueil dans certains établissements.

Des élus de la majorité grenobloise se sont d’ailleurs rendus auprès des jeunes mobilisés ces derniers jours. Pour la maire de Grenoble, leur mouvement « doit pouvoir être entendu » et leurs préoccupations appellent une réponse politique. Elle estime également que « la répression ne peut pas être la seule réponse à leur mobilisation ».

Un soutien qui ne vaut toutefois pas approbation des incidents. Laurence Ruffin condamne explicitement « les dégradations, les casses et les violences », estimant qu’elles pénalisent les habitants et les agents et risquent de faire oublier que la grande majorité des jeunes mobilisés le font pacifiquement.

Incendie devant un lycée Grenoble
Feu de poubelles devant le lycée Pablo Néruda à Saint-Martin-d’Hères

La maire d’Échirolles appelle au dialogue

Même tonalité à Échirolles. La maire communiste Amandine Demore considère elle aussi les revendications des lycéens comme « légitimes ». Elle appelle à entendre les inquiétudes concernant les conditions d’apprentissage, les moyens accordés aux établissements et l’accompagnement des élèves.

Mais l’élue appelle parallèlement au calme et condamne « avec la plus grande fermeté » les actes commis en marge des mobilisations. Elle demande surtout l’ouverture rapide d’un dialogue entre élèves, équipes éducatives, directions des établissements et services de l’Éducation nationale.

Le PS soutient également le mouvement

La Fédération socialiste de l’Isère se place sur une ligne comparable. Dans un communiqué, elle estime que « la colère de notre jeunesse mais également celle du corps enseignant doivent être entendues » et demande des réponses sur les conditions d’apprentissage, le manque de moyens humains et l’avenir de l’école publique.

Le PS isérois condamne lui aussi les violences et les dégradations, mais appelle les forces de l’ordre à intervenir avec « discernement et proportionnalité ». Pour les socialistes, l’État doit désormais répondre rapidement aux revendications et renouer le dialogue. « Notre jeunesse n’est pas un problème d’ordre public : elle est une force pour notre avenir », conclut la fédération iséroise.

Alors que Jean-Luc Mélenchon demande aux insoumis de « s’interposer », entre les lycéens et les forces de l’ordre, ce que les élus et militants grenoblois n’ont pas manqué de faire, le NPA, parti anticapitaliste, réclame la démission des ministres de l’Intérieur, Laurent Nunez et de l’Éducation nationale, Edouard Geffrey.

police intervention lycée
CRS et escadrons de gendarmerie mobile sont venus renforcer les forces de l’ordre en Isère

À Mounier, des enseignants solidaires

C’est au lycée Emmanuel-Mounier de Grenoble, l’un des principaux foyers de la contestation dans l’agglomération, que le soutien prend la forme la plus directe.

Dans un communiqué intitulé Pourquoi nous sommes restés aux côtés de nos élèves, des enseignants mobilisés expliquent avoir délibérément choisi de rester devant l’établissement avec les lycéens. « Nous avons fait le choix de rester devant le lycée, aux côtés de nos élèves, pour leur montrer notre soutien et pour maintenir un lien avec eux », écrivent-ils.

Lycée Mounier

Un appel à manifester le 6 octobre

Leur analyse de la situation est nettement plus critique envers les autorités. Ils dénoncent notamment l’absence, selon eux, de communication suffisamment claire avec les personnels et les familles et qualifient la réponse apportée au mouvement de « répression policière massive ».

Surtout, ces enseignants considèrent que les revendications des élèves rejoignent directement les leurs : « Les revendications des lycéens sont pourtant les nôtres ! » Ils appellent leurs collègues à soutenir le mouvement, à rester aux côtés des élèves et, « s’il le faut », à faire grève. Ils souhaitent également rejoindre la journée de grève annoncée pour le mardi 6 octobre.