Interpellé sur la consommation d’eau de STMicroelectronics à Crolles, Le Grésivaudan réfute tout lien avec les difficultés d’approvisionnement de trois communes et défend le rôle économique de l’industriel dans le service public de l’eau.

La consommation d’eau de STMicroelectronics à Crolles continue d’alimenter le débat dans le Grésivaudan. Après la démarche de Guillaume Gontard, sénateur de l’Isère, et des députés Jérémie Iordanoff et Cyrielle Chatelain, demandant notamment que le plan de sobriété hydrique de l’industriel soit rendu public, la communauté de communes du Grésivaudan et son président Henri Baile ont tenu à réagir.

Les trois parlementaires écologistes avaient notamment mis en parallèle les besoins importants du site de Crolles et la situation de Crêts-en-Belledonne, Sainte-Marie-du-Mont et Saint-Maximin, où des habitants doivent actuellement être approvisionnés en eau par camions-citernes.

Un rapprochement que conteste la communauté de communes. Pour la collectivité, il pourrait laisser penser que l’eau consommée par l’industrie serait à l’origine de celle qui manque aujourd’hui dans ces villages. Or, affirme-t-elle, les deux situations reposent sur des ressources en eau différentes.

Deux ressources en eau distinctes

L’eau utilisée par STMicroelectronics à Crolles ne provient pas directement des ressources de montagne du Grésivaudan. Elle est puisée dans les champs captants de la Romanche, sur le territoire de la métropole grenobloise, avant d’être acheminée jusqu’à Crolles par le réseau d’adduction.

À l’inverse, les trois communes actuellement confrontées aux difficultés d’approvisionnement dépendent de sources de montagne situées sur leurs propres versants, en Belledonne et en Chartreuse. Des ressources directement tributaires des précipitations et de l’enneigement, qui ont fortement souffert de la sécheresse.

Pour Le Grésivaudan, il n’existe donc pas de lien hydraulique direct entre les deux : une baisse de la consommation industrielle à Crolles ne permettrait pas de remplir les réservoirs de ces villages.

La collectivité ne remet toutefois pas en cause la nécessité d’économiser l’eau. « En période de sécheresse, chacun doit prendre sa part, et les industriels ne font pas exception », souligne-t-elle, tout en estimant qu’un débat sur un sujet aussi sensible doit s’appuyer sur des données précises.

St Micro crolles salles blanches
L’enterprise déclare consommer un peu plus de 5 millions de m³ d’eau potable par an sur son site de Crolles

Les industriels financent une partie du réseau

Henri Baile avance également un autre argument pour défendre la présence de ce grand site industriel sur le territoire : sa contribution au financement du service public de l’eau. Selon la collectivité, la facture des très gros industriels représente environ 50% des recettes des ventes d’eau soit entre 10 et 12 millions d’euros par an.

Comme les particuliers, les industriels sont des usagers du réseau et paient l’eau qu’ils consomment. Les recettes générées alimentent le budget consacré à l’eau de la communauté de communes et participent ainsi au financement des investissements réalisés sur l’ensemble du territoire.

Le Grésivaudan cite notamment le cas de Sainte-Marie-du-Mont, commune d’environ 300 habitants, où un investissement de 1 million d’euros pour une première phase de travaux a été engagé afin de réaliser un maillage du réseau et de sécuriser l’approvisionnement.

Selon la collectivité, des investissements de cette ampleur seraient difficilement supportables s’ils devaient être financés uniquement par les factures des usagers domestiques, sauf à augmenter fortement le prix de l’eau.

« La vallée et la montagne sont solidaires »

C’est aussi, pour Henri Baile, l’intérêt d’un service public de l’eau organisé à l’échelle des 43 communes du Grésivaudan. Les recettes provenant des secteurs les plus urbanisés et industrialisés permettent de financer des équipements dans des communes de montagne beaucoup moins peuplées. « La vallée et la montagne sont solidaires, et cette solidarité passe aussi par le prix de l’eau », résume la communauté de communes.

Reste une question distincte de celle de l’origine de la ressource : celle de la transparence sur les efforts demandés aux industriels en période de sécheresse. C’est précisément sur ce terrain que les trois parlementaires souhaitent obtenir davantage d’informations en demandant la publication du plan de sobriété hydrique de STMicroelectronics.

De son côté, Le Grésivaudan assure rester mobilisé auprès des maires des communes actuellement en difficulté pour garantir l’alimentation en eau potable et poursuivre les investissements destinés à rendre les villages de montagne moins vulnérables aux épisodes de sécheresse qui pourraient se répéter.

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