Alors que trois communes du Grésivaudan doivent être ravitaillées en eau par camions-citernes, trois parlementaires isérois demandent à l’État de contrôler le plan de sobriété hydrique de STMicroelectronics à Crolles.

La sécheresse persistante remet la consommation d’eau de STMicroelectronics au centre du débat en Isère. Cyrielle Chatelain et Jérémie Iordanoff, députés écologistes de l’Isère, ainsi que Guillaume Gontard, sénateur écologiste du département, ont saisi la préfète de l’Isère et la Dreal pour demander un contrôle du plan de sobriété hydrique du site industriel de Crolles.

Le chiffre interpelle : le site de Crolles utilise actuellement de l’ordre de 1 000 m³ d’eau par heure, selon les données reprises par les parlementaires. Une consommation importante liée notamment aux procédés de fabrication des semi-conducteurs, qui nécessitent de grandes quantités d’eau ultrapure.

1 000 m³ d’eau par heure

La question prend une dimension particulière après cet été très sec durant lequel trois communes du Grésivaudan — Crêts-en-Belledonne, Sainte-Marie-du-Mont et Saint-Maximin — ont dû être ponctuellement ravitaillées en eau potable par camions-citernes. À Sainte-Marie-du-Mont sur les contreforts de la Chartreuse, 60 m³ sont ainsi acheminés chaque semaine, soit environ les trois quarts de la consommation du village.

Pour les trois parlementaires, ce contraste pose directement la question du partage de la ressource : « Il est indispensable que les efforts de sobriété soient réels, mesurables et équitablement répartis entre les différents usagers », écrivent-ils à la préfète.

Un plan de sobriété qui interroge

STMicroelectronics dispose en effet d’un plan de sobriété hydrique (PSH). Ce dispositif permet, sous certaines conditions, à une installation industrielle de ne pas appliquer automatiquement les mêmes taux de réduction de consommation que ceux prévus par les arrêtés sécheresse. C’est précisément ce document que les élus veulent voir contrôlé.

Selon eux, son contenu n’est actuellement « ni public, ni consultable par les associations ». Ils affirment également que les services de l’État « ne semblent pas avoir connaissance du contenu » du plan. La réglementation impose en revanche à l’entreprise de le tenir à disposition de l’administration en cas de contrôle.

Les trois parlementaires demandent donc à la préfecture de vérifier plusieurs données : les volumes d’eau prélevés et leur évolution, les volumes réellement consommés et restitués au milieu naturel, les économies réalisées par plaquette de silicium, le taux de recyclage de l’eau ou encore les investissements prévus pour réduire les prélèvements.

Des résultats en légère hausse mais une situation toujours tendue pour STMicroelectronics

ST met en avant ses efforts de recyclage

De son côté, STMicroelectronics assure avoir engagé depuis plusieurs années des investissements importants pour réduire ses besoins. Le groupe a notamment lancé à Crolles une ligne pilote permettant de récupérer une partie des eaux issues de sa station de traitement afin de produire à nouveau de l’eau adoucie et de l’eau ultrapure. Le dispositif avait permis de recycler plus de 130 000 m³ en 2024.

ST indique également viser, à terme, un taux de recyclage supérieur à 60 % sur le site de Crolles. Dans le dossier soumis à enquête publique pour son développement, l’entreprise affichait aussi l’objectif de limiter sa dépendance à l’eau potable et de diversifier ses sources d’approvisionnement en utilisant davantage d’eaux industrielles.

Des chiffres à clarifier

Le débat porte donc moins sur le fait que STMicroelectronics agit pour réduire son empreinte hydrique — plusieurs investissements sont documentés — que sur la possibilité de mesurer précisément les résultats obtenus et de connaître les efforts demandés à l’industriel en période de sécheresse.

Une distinction est notamment essentielle entre l’eau prélevée ou fournie au site, l’eau effectivement consommée, celle recyclée au sein de l’usine et celle qui est traitée puis restituée au milieu naturel.

ST indiquait déjà recycler une part importante de son eau et poursuit ses investissements. Mais les données publiques disponibles ne permettent pas toujours de reconstituer simplement, pour le seul site de Crolles, l’ensemble de ces flux et leur évolution récente.

mais grésivaudan sécheresse
Un champ de maïs victime de la sécheresse à un kilomètre de l’usine

Les élus demandent de la transparence

C’est précisément cette transparence que réclament aujourd’hui les trois élus. « Il ne serait pas acceptable que les particuliers, les agriculteurs, les collectivités et les petites entreprises soient appelés à réduire leurs usages de l’eau tandis qu’un industriel aussi important que STMicroelectronics ne prendrait pas sa part dans les efforts à faire », écrivent-ils.

La balle est désormais dans le camp de la préfecture. Les parlementaires lui demandent d’indiquer si elle entend consulter et contrôler le plan de sobriété hydrique de STMicroelectronics et vérifier concrètement les économies d’eau réalisées sur le site de Crolles.