ll y a 84 ans, le 26 août 1942, plusieurs centaines de Juifs étrangers étaient arrêtés en Isère lors d’une rafle organisée par les autorités de Vichy. Un épisode tragique qui reste inscrit dans la mémoire locale.
À l’aube du 26 août 1942, des équipes de policiers et de gendarmes sillonnent Grenoble avec des listes de noms et d’adresses. Leur mission est précise : arrêter les Juifs étrangers désignés par les autorités françaises. L’opération s’inscrit dans une vaste rafle menée simultanément dans l’ensemble de la zone dite libre, à la suite des accords conclus entre le gouvernement de Vichy et les autorités allemandes.
À Grenoble, les arrestations commencent dès 4 heures du matin. Des équipes de quatre à cinq hommes se rendent aux domiciles des personnes recherchées. Des autocars sont notamment positionnés place Notre-Dame, place Victor-Hugo, cours Jean-Jaurès et place Saint-Bruno pour transporter les personnes interpellées.

La caserne Bizanet, lieu de regroupement
Les personnes arrêtées sont conduites à la caserne Bizanet, située avenue Maréchal-Randon (à l’emplacement de l’actuelle école Bizanet), où un centre de « criblage » a été installé. Hommes, femmes et enfants y sont soumis à un contrôle minutieux portant notamment sur leur identité, leur situation familiale, leur résidence et leur activité professionnelle.
En Isère, sur les 352 personnes arrêtées, 98 sont emmenées au camp de Vénissieux, dans le Rhône, où sont regroupés des Juifs venus de toute la région. Envoyés ensuite à Drancy, la quasi-totalité rejoindra le camp d’extermination Auschwitz le 2 Septembre 1942. Seules 6 personnes rentreront de déportation.

Une rafle organisée par les autorités françaises
Cette journée constitue un épisode majeur de la politique antisémite menée par le régime de Vichy. Quelques semaines plus tôt, les 16 et 17 juillet 1942, la rafle du Vél’ d’Hiv avait conduit à l’arrestation massive de Juifs en région parisienne.
Dans la zone sud, le gouvernement de Vichy décide à son tour de livrer aux Allemands des milliers de Juifs étrangers. Le 26 août, les forces françaises sont mobilisées pour mettre en œuvre les arrestations. En Isère, celles-ci ne concernent pas uniquement Grenoble : Pont-en-Royans, Valbonnais, Voiron, Pont-de-Chéruy et d’autres communes sont également touchées.
Une mémoire toujours commémorée à Grenoble
Cette rafle rappelle ainsi la responsabilité propre des autorités françaises dans la persécution des Juifs pendant l’Occupation. À Grenoble, elle intervient alors que la ville se trouve encore dans la zone non occupée par l’armée allemande. L’occupation allemande de la zone sud n’interviendra qu’en novembre 1942.
Aujourd’hui, une plaque installée devant le groupe scolaire Bizanet, avenue Maréchal-Randon, rappelle le souvenir des personnes arrêtées en août 1942. Chaque année, une cérémonie rend hommage aux victimes de cette rafle et, plus largement, aux Juifs de Grenoble et de l’Isère persécutés et déportés pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle aura lieu ce mercredi à 9h30 devant l’école. L’an dernier, la cérémonie avait viré à la polémique après le discours d’un élu grenoblois qui avait évoqué le conflit israélo-palestinien.
👉 Pour en savoir plus : Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère