Samedi 6 juin, Michel Musique accueille la release party de Puzzle, le deuxième projet du rappeur grenoblois Max Callea. Un retour au bercail pour un artiste qui construit pièce par pièce son identité, après une année à Lille, où sa carrière de rappeur a débuté.
Pour sa première fois sur scène dans sa ville, Max Callea n’a pas fait les choses à moitié. La release party de Puzzle, c’est toute une soirée construite comme un album : Juicy Gaets, DJ et fondateur de La Fièvre, prend les platines dès 19h30 pour chauffer la salle. Ivo le Fonz, rappeur issu du 91 et beatmaker attitré de Max, assure ensuite la première partie avec un set taillé pour l’occasion. Puis vient le concert de Max Callea, qui présente Puzzle sur scène pour la toute première fois. Après le show, la fête se prolonge chez Michel Musique.
Ce soir-là, la famille de Max sera dans la salle pour la première fois, avec des amis venus de toute la France. "De rapper dans ma ville ça va être incroyable, je peux m’arrêter là", lâche-t-il, avec le sourire de celui qui sait que certains moments valent tout le reste.
La salle, Max l’a obtenue au culot. Après avoir démarché plusieurs lieux sans succès, il tente sa chance en dernière minute auprès de Michel Musique, un désistement lui ouvre la porte au bon moment. "Ça s’est fait hyper naturellement", dit-il. Les étoiles se sont alignées.

Puzzle, huit pièces pour se construire
Le projet sort le 5 juin à minuit, la veille du concert. Huit titres, un an et demi de travail, et une trentaine de maquettes jetées à la poubelle pour trouver les bonnes. Max et Ivo le Fonz, son beatmaker de toujours, se sont enfermés ensemble pour sculpter chaque détail : "Beaucoup de suppressions, pour trouver la bonne couleur, le bon ton."
Sur chaque titre, un sample. Souvent du jazz, parfois du blues, cherché lors de séances de fouille, notamment chez le Mange Disque à Grenoble, à retourner des vinyles pour trouver la perle rare. Une démarche de digger revendiquée, dans l’esthétique de The Alchemist, mêlant textures organiques et instruments live, saxophone, basse. Oxmo Puccino, l’une des grandes références de Max, y est même échantillonné sur un titre appelé Happy End. "Mon rap c’est un rap esthétique, en soignant l’écriture, soignant les interprétations, et soignant les productions. Un rap qui rend hommage à la culture parce qu’on sample, mais dans les règles de l’art."
"Le projet mélange introspectivité et ego trip, ça reste le rap que j’aime"
Puzzle, c’est la métaphore de la construction, celle de l’artiste et de l’homme. Max y aborde pour la première fois des thèmes qu’il n’avait jamais osé traiter : l’amour, l’amitié, les ambitions. Sans renier l’ego trip qui a toujours caractérisé son écriture.
Max Callea écrit depuis dix ans. Sérieusement depuis six. Avant, c’était des textes posés sur le papier sans vraiment savoir quoi en faire. Ce qui l’a toujours attiré dans le rap, c’est la liberté du genre : "Ce qui me plaît c’est l’écriture, dénoncer des choses, parler de soi. C’est une musique libre en fait." Son père écoutait du rap à la maison, ses grands-parents plutôt de la variété. Booba a été sa première grande influence, sortant son classique "Temps mort" en 2002, année de naissance du Grenoblois.
Sa méthode d’écriture, elle, ne ressemble à aucun protocole. Pas de studio réservé, pas de moment dédié : "Je ne me pose pas particulièrement quelque part pour écrire, c’est assez spontané." Dans la rue, dans les transports, où l’idée surgit. Sur scène, en revanche, c’est une autre histoire. Max préfère clairement les planches au studio : "Le studio c’est le travail et le live c’est un moment de partage, c’est beau et cool, mais c’est beaucoup de stress."

De Grenoble à Lille, l’accélération
Son premier projet, Principium, sort juste avant qu’il parte étudier à Lille en septembre 2024. Un timing particulier pour quelqu’un qui a longtemps été pudique sur sa musique auprès de ses proches. Mais à Lille, loin de son cercle habituel, il choisit de jouer franc jeu dès le départ : "Vu que je connaissais personne, je me suis directement présenté comme rappeur. Tous les gens que j’ai rencontrés ont donc écouté mes projets."
La suite s’enchaîne vite. Repéré au Flow, lieu central de la culture hip-hop lilloise, alors qu’il répète, il est recommandé à la radio Skuuurt, qui le met en avant. Les petits concerts s’accumulent un peu partout dans la ville. Puis vient la première partie de Cut Killer, figure tutélaire du hip-hop français. Un moment charnière : "Maintenant j’ai une certaine crédibilité et je sais que ce que je fais c’est respectable."
Grenoble comme horizon
Aujourd’hui, Max revient. Pas en conquérant, mais avec l’envie de s’ancrer : "J’ai envie de me rapprocher culturellement de ma ville." Grenoble, il la connaît, il l’aime, il veut y exister musicalement. Ce concert à Michel Musique n’est pas une fin en soi, c’est un point de départ. "J’aimerais gravir les échelons à Grenoble."
Il le dit sans fausse modestie ni excès de confiance : "J’suis dans une mentale de progression. Pour moi le projet j’en suis fier, mais il me reste encore beaucoup à apprendre. Il faut vraiment que je trouve ma personnalité." Le signe que les pièces du puzzle sont encore loin d’être toutes assemblées.

👉 Samedi 6 juin · 19h–23h · Michel Musique, 19 Bd Gambetta, 38000 Grenoble · Entrée gratuite, prix libre · Réservation obligatoire – Réserver sa place →