Après 50 hommes, elle est devenue la première femme à diriger la ville de Grenoble. En poste depuis le 27 mars, Laurence Ruffin était l’invitée cette semaine de l’émission Le +. Dans cette première partie, elle nous parle de la campagne et de ses premiers jours de mandat.

Bonjour Laurence Ruffin. Vous êtes la nouvelle maire de Grenoble. Quel effet cela vous fait-il d’être appelée ainsi ?

Je ne m’y suis pas encore totalement habituée. Être la première femme maire de Grenoble a une portée symbolique forte. C’est dommage qu’il ait fallu attendre 2026 pour cela, mais j’y vois aussi une manière de représenter différemment la ville et de porter davantage les questions d’égalité.

Vous avez été soutenue par les écologistes pour succéder à Éric Piolle. Envisagez-vous désormais d’adhérer à ce parti ?

Je n’ai jamais été membre d’un parti politique et je ne souhaite pas le devenir. Ma candidature s’inscrivait dans une dynamique plus large que celle des seuls écologistes. Nous avons construit une alliance réunissant 13 partis et mouvements. J’ai porté cette union de la gauche, des écologistes et des citoyens, mais aujourd’hui, je suis la maire de tous les Grenobloises et Grenoblois.

Avant la politique, vous avez dirigé une société coopérative pendant quinze ans. Quelle différence faites-vous avec une entreprise classique ?

Certains objectifs peuvent être similaires, notamment en matière de production. En revanche, l’état d’esprit diffère. Dans une coopérative, tous les salariés sont associés, ce qui implique une grande transparence. Les bénéfices sont partagés et largement réinvestis pour garantir la pérennité de l’entreprise. Nous parlions même entre-nous d’une «petite république», avec des salariés-citoyens. Lorsque j’ai été recrutée en 2009, on recherchait d’ailleurs un profil à la fois de dirigeant et capable d’assumer un rôle proche de celui d’un maire d’une petite ville.

Quand avez-vous envisagé de devenir maire de Grenoble ?

J’en ai discuté pour la première fois avec Éric Piolle il y a deux ou trois ans. Grenoble, avec son histoire de ville de gauche et d’innovation sociale, me parlait beaucoup. J’avais envie de participer à un projet collectif construit avec les habitants. Ensuite, le contexte politique national, notamment la dissolution et la montée du Rassemblement National, ainsi que la dynamique du Nouveau Front Populaire, ont renforcé cet engagement. J’ai alors souhaité créer un collectif rassemblant partis politiques et citoyens.

Lors de la soirée électorale du 22 mars, vous aviez préparé deux discours…

Oui, c’est vrai. Il est toujours plus difficile de s’exprimer en cas de défaite, donc je voulais m’y préparer. Même si la dynamique nous était favorable, il me semblait important de rester humble. Finalement, je n’en ai pas eu besoin.

Votre ancien camarade de classe, Emmanuel Macron, vous a-t-il félicitée ?

Non, je n’ai pas reçu de message. Cela remonte à loin, nous étions dans la même classe au collège et au lycée.

Le + avec Laurence Ruffin

Avec 56,6 % des voix, vous devenez la maire la mieux élue de Grenoble depuis la Seconde Guerre mondiale. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

C’est un signe fort de légitimité pour porter notre projet. Nous défendons une ville fondée sur la coopération, la protection du quotidien et l’adaptation au changement climatique. Pendant la campagne, nous avons frappé à 40 000 portes, ce qui nous a permis de recueillir de nombreuses attentes. Certains sujets devront être particulièrement travaillés, comme la relation avec les habitants, les quartiers populaires, la sécurité ou encore l’attractivité du centre-ville.

Entre les deux tours, vous avez fusionné avec la liste de La France insoumise. Pourquoi ce choix ?

J’ai toujours défendu l’union de la gauche, car nous partageons beaucoup de priorités : l’école, la santé, la justice fiscale ou la lutte contre les inégalités. Il était hors de question pour moi de laisser la liste d’Alain Carignon l’emporter. Cette alliance technique a été déterminante pour gagner. La France insoumise ne fait pas partie de la majorité, mais je n’ai aucun regret : sans cet accord, la victoire aurait été très difficile. L’enjeu désormais est d’apaiser les relations après une campagne tendue.

Au vu des tensions lors du conseil municipal d’investiture, cela semble compliqué…

Je pense que les oppositions doivent entendre qu’elles ont perdu. Il est temps de se mettre au travail et de coopérer pour améliorer la vie des Grenobloises et des Grenoblois.

Avec seulement 33 élus sur 59, votre majorité reste fragile…

Nous sommes malgré tout majoritaires, et cela nous permet de faire avancer nos projets. Cela demande cependant une forte cohésion interne. Chaque élu a reçu une délégation, justement pour renforcer cet esprit collectif.

Quelle relation souhaitez-vous entretenir avec les élus insoumis ?

Ils sont dans l’opposition, comme prévu dans notre accord, mais nous aurons des points de convergence, notamment sur les quartiers populaires, la restauration scolaire ou l’écologie. Je suis convaincue que nous pourrons travailler ensemble sur certains sujets, comme la lutte contre les discriminations.

Ils réclament la présidence de la commission des finances. Allez-vous accepter ?

Dans le cadre de la charte Transparency que j’ai signée pendant la campagne, il est recommandé de confier cette présidence à l’opposition. Nous avons donc proposé qu’elle revienne au groupe LFI, estimant que la liste menée par Alain Carignon ne représentait pas les garanties éthiques nécessaires.

Comment avez-vous vécu le premier conseil municipal d’investiture ?

Je regrette le niveau de tension et les invectives. Je m’y attendais mais je voulais voir aussi comment les élus allaient se comporter. Ce n’est pas ainsi que doivent se dérouler les conseils municipaux. Les oppositions n’ont pas respecté les règles. Pour l’avenir, ces règles seront clairement définies et je serai plus attentive au respect du cadre et du ton. Si nécessaire, je n’hésiterai pas à intervenir, y compris en coupant les micros.

Un prochain conseil s’annonce déjà tendu avec une proposition de LFI pour annuler le jumelage avec la ville israélienne de Rehovot…

Les oppositions peuvent proposer des délibérations, c’est leur droit. Je pense que c’est une grosse richesse d’avoir des coopérations et des jumelages parce que c’est aussi une manière de mettre de l’humanité et du soutien à d’autres villes dans le monde. Aujourd’hui, on a un jumelage avec Bethléem qui est actif ce qui n’est pas le cas avec Rehovot. J’ai mon opinion sur la question mais j’ai un grand respect de la démocratie et s’il y a une proposition des oppositions sur ce sujet cela fera forcément l’objet d’une discussion au sein de notre groupe.

👉 Suite de l’interview ce mardi avec la partie concernant les projets pour Grenoble

🎥 Interview complète à retrouver dans l’émission Le +

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