Les 30 et 31 mars, la Ville de Grenoble et ICOMOS France ont réuni experts et professionnels pour un colloque consacré à la restauration de la Tour Perret. Un chantier « hors normes » qui, en ouvrant « le champ des possibles » pour le béton armé, s’impose déjà comme une référence.

Dès le lancement du projet, la Ville a fait le choix d’un chantier expérimental. Valérie Vacchiani, en charge du projet de restauration de la Tour Perret, rappelle ainsi que « la ville a décidé, lors du démarrage de ce chantier, d’avoir une démarche de chantier pilote pour produire de la connaissance », une démarche qui vise aussi à « la partager avec les professionnels qui travaillent dans ce secteur-là ».

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Ce colloque, coorganisé avec ICOMOS France, une ONG dédiée à la conservation du patrimoine culturel et organe consultatif de l’UNESCO, s’inscrit pleinement dans cette logique : il permet de « rendre compte des techniques qui ont été mises en œuvre » tout en favorisant un dialogue entre spécialistes venus interroger, comparer et enrichir leurs pratiques.

Une opération « exemplaire à plus d’un titre »

Pour Eric Pallot, président d’ICOMOS France, la restauration de la tour constitue « une opération qu’on juge exemplaire à plus d’un titre », à la fois pour sa dimension technique et pour sa portée patrimoniale.

Il rappelle que l’édifice conçu par Auguste Perret impose une exigence particulière : « un bâtiment en pierre, un bâtiment en métal ou un bâtiment en béton doivent se restaurer et s’appréhender avec la même approche prudente de restauration ». Autrement dit, le béton, longtemps considéré comme un matériau secondaire, doit désormais être traité avec la même attention que les matériaux traditionnels du patrimoine.

Des techniques éprouvées adaptées au monument historique

Face aux défis posés par l’état de la tour, les équipes ont fait le choix de la prudence. Comme le souligne Valérie Vacchiani, « le choix s’est fait de ne pas expérimenter en fait sur de nouvelles techniques », mais plutôt « d’appliquer des techniques qui ont fait leur preuve » en les adaptant à un monument historique.

Sur le terrain, cela se traduit par des interventions lourdes mais maîtrisées. Jordan Claustre, du groupe Freyssinet, explique ainsi que ses équipes « ont réparé tous les bétons » et « fait le renforcement de la tour sur tous les ouvrages qui étaient détériorés par le temps », mobilisant des procédés issus du génie civil. L’objectif est clair : garantir la durabilité de l’ouvrage tout en respectant son intégrité patrimoniale.

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Faire évoluer le regard sur le béton

Au-delà du chantier, ce colloque s’inscrit dans une réflexion plus large sur le patrimoine du XXe siècle. Pour Eric Pallot, il s’agit aussi de rappeler que « le patrimoine ancien […] ce sont nos valeurs, c’est notre histoire et on doit le préserver », y compris lorsqu’il est en béton. Et face aux pathologies observées, il insiste sur un principe fondamental : « c’est pas parce qu’un bâtiment est en mauvais état que inéluctablement on doit le sacrifier et l’abandonner ».

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