Le procès lié au spectaculaire éboulement survenu à La Rivière, en Isère, s’ouvre ce mardi 31 mars devant le tribunal correctionnel de Grenoble. Le président et le directeur général de la carrière sont poursuivis pour non-respect des règles d’exploitation et atteinte grave à l’environnement.

Après une enquête approfondie, le procureur de Grenoble, Étienne Manteaux, a décidé de traduire en justice les responsables de la carrière, Philippe Puthod et Jean-Pierre Carron. Il les accuse d’avoir caché des incidents passés et d’avoir ignoré les règles de sécurité, menant à l’effondrement spectaculaire d’un pan de montagne le 24 juillet 2024.

Ce jour-là, près d’un million de mètres cubes de roches se sont détachés des contreforts du Vercors, ensevelissant la RD1532, axe majeur reliant Valence à Grenoble. Rapidement, l’exploitation de la carrière de calcaire, détenue notamment par le groupe Eiffage et la famille Carron, a été mise en cause par des riverains et des collectivités locales, qui ont déposé plusieurs plaintes.

éboulement La Rivière

Pour le procureur, tout commence bien avant la catastrophe. En mars 2019, un tir de mines provoque déjà la chute de 50 000 mètres cubes de roches. Pourtant, la direction de la carrière ne prévient personne. À ce moment-là, l’entreprise attendait le renouvellement de son autorisation de travailler. En gardant le silence sur cet incident, elle a empêché la préfecture de mesurer la fragilité réelle de la montagne. Ce manque de transparence est aujourd’hui au cœur des poursuites.

Treize explosions sans aucun contrôle

Pour éviter tout risque d’effondrement, la préfecture avait imposé à la carrière d’enregistrer les vibrations lors de chaque explosion. Or, le procureur a révélé qu’entre mars et juillet 2024, treize tirs de mines (utilisant jusqu’à 1,2 tonne d’explosifs chacun) ont été réalisés sans aucun capteur.

Alors que les habitants s’inquiétaient de bruits de craquements, l’entreprise continuait son activité sans surveiller l’impact de ses explosions sur la paroi rocheuse. Pour Étienne Manteaux, l’origine de la catastrophe est claire : elle est liée à l’activité humaine et non à la météo.

D’autres irrégularités sont également pointées, notamment l’absence de dispositifs de mesure des vibrations lors des opérations de minage, pourtant exigés par arrêté préfectoral. Malgré plusieurs contrôles et injonctions, ces obligations n’auraient pas été respectées, conduisant à une mise en demeure en 2023.

Les responsables face à leurs juges

Le procureur a rappelé que le bilan aurait pu être tragique : un million de mètres cubes de roches ont recouvert la route départementale. Seul un accident de moto, survenu un peu plus tôt et ayant bloqué la circulation, a évité que des voitures ne soient ensevelies.

Le procès devra désormais déterminer les responsabilités dans ce dossier sensible, aux lourds enjeux humains, environnementaux et économiques pour le territoire isérois. Les dirigeants, Philippe Puthod et Jean-Pierre Carron, risquent jusqu’à 3 ans de prison et 150 000 euros d’amende.

🎥 Rappel des circonstances

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