Pour célébrer son 70e anniversaire, le centre CEA de Grenoble s’associe au Musée de Grenoble à travers l’exposition Quand la science prend forme. Installée du 30 mars au 25 avril au centre de congrès Maison MINATEC, cette initiative délocalise vingt-deux œuvres d’art moderne et contemporain au cœur d’un site technologique majeur, proposant un dialogue entre recherche et création plastique.

Depuis deux décennies, le Musée de Grenoble déploie ses collections dans les bibliothèques ou les maisons de quartier à travers leurs expositions « Hors les murs ». Sébastien Gokalp, directeur du Musée de Grenoble, explique que cette année, le choix du CEA permet d’innover pour « toucher des publics qui ne viennent pas forcément au musée ». Cette immersion dans un centre où travaillent plus de 6 000 personnes vise à briser les barrières symboliques. Pour Sébastien Gokalp, cette exposition « montre aussi aux scientifiques que le musée leur appartient, car il traite de sujets qui les concernent ».

L’initiative répond également à une volonté d’ouverture de la part de l’institution scientifique. François Legalland, directeur du centre CEA de Grenoble, estime que ce partenariat illustre parfaitement la mission de son centre à l’aube de ses sept décennies. Il affirme que « quand on fête ses 70 ans, on regarde le passé, mais aussi l’avenir. Et dans cet avenir, il y a l’ouverture à la société ». Selon lui, chercheurs et conservateurs partagent une responsabilité similaire, car « nous partageons aussi une mission commune : expliquer. Les médiateurs expliquent l’art, et nous expliquons la science ».

Sebastien Gokalp et François Legalland CEA Musée de Grenoble
Sébastien Gokalp, directeur du Musée de Grenoble et François Legalland, directeur du centre CEA de Grenoble

De l’infiniment petit à l’espace habitable

La sélection des œuvres a été rigoureusement orchestrée pour faire écho aux thématiques de recherche du site. Pierre Bastien, guide au Musée de Grenoble et chargé des expositions hors les murs, précise que l’objectif était de « créer une rencontre entre des œuvres d’art et un lieu qui, a priori, n’est pas fait pour ça ». Avec sa collègue Marie-Laure Pequay; ainsi que Rahissa et Marin, ils ont puisé dans les réserves et les collections permanentes pour retenir vingt-deux pièces, allant des années 1910 à 2020. Pierre Bastien, guide au Musée de Grenoble, souligne que ces artistes ont été choisis car leurs travaux présentent un lien avec « l’infiniment grand, l’infiniment petit, la géologie, les mathématiques ».

Sébastien Gokalp, directeur du Musée de Grenoble, note qu’une toile de René Duvillier a particulièrement marqué les esprits, car elle semble évoquer des images observées au microscope, alors même que l’artiste cherchait simplement à capturer l’énergie de l’eau. Pour lui, c’est la preuve que « les artistes donnent une forme concrète à des concepts abstraits ». Une autre pièce maîtresse, signée Gyula Kosice en 1956, illustre cette convergence : une sculpture en plexiglas figurant une cité spatiale. Notre guide du jour Pierre Bastien, rappelle que ce projet utopique avait été présenté à la NASA et que l’artiste était convaincu que « l’humain ne finira pas ses jours sur Terre ».

Une surprise esthétique au cœur du quotidien

Pour les salariés du CEA, l’irruption de ces objets d’art dans leur environnement de travail a provoqué un étonnement certain. Elena, alternante en graphisme au centre CEA de Grenoble, et Ilona, chargée de communication interne au centre CEA de Grenoble, confient qu’« au début, c’était surprenant, même pour nous. Ce n’est pas habituel de voir ce type d’exposition ici ». Elles soulignent toutefois que ce projet, a permis de « proposer quelque chose d’inhabituel pour les salariés » et de valoriser le site à l’échelle locale.

L’exposition valorise également un lien technique concret entre les deux institutions à travers l’atelier-laboratoire ARC-Nucléart. François Legalland, directeur du centre CEA de Grenoble, rappelle que cet atelier « restaure le patrimoine depuis 50 ans » et que trois œuvres exposées ont bénéficié de cette expertise nucléaire unique au monde. Pour lui, cette collaboration prouve que « le CEA n’est pas un lieu fermé, mais ouvert à la ville et à la société », un sentiment partagé par Pierre Bastien, qui se dit désormais « curieux d’avoir leur regard scientifique » lors des échanges avec les ingénieurs.

🎥 Reportage vidéo sur l’exposition

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