La cour d’assises de l’Isère examine toute la semaine une affaire marquante survenue en 2022 en plein centre de Grenoble. Un homme de 25 ans est jugé pour tentative de meurtre sur policiers après avoir, mis en joue des fonctionnaires avec une arme de guerre.

Les faits remontent au 7 juillet 2022, en fin d’après-midi, entre le quartier Hoche et la place d’Apvril à Grenoble, à quelques mètres du parvis de la Poste. Alertés par des riverains signalant un individu armé, des policiers de la brigade anticriminalité (BAC) interviennent dans ce secteur fréquenté, à proximité de terrasses bondées à la veille des vacances estivales. Sur place, les fonctionnaires repèrent un scooter T-Max circulant entre plusieurs axes du centre-ville. À l’arrière, un homme équipé d’un fusil d’assaut de type kalachnikov. Selon l’enquête, le passager aurait alors mis en joue les policiers et actionné la détente, sans qu’aucun coup ne parte.

Une scène en plein centre-ville en pleine journée

Face à la menace, un policier fait usage de son arme de service. Il tire à deux reprises en direction du deux-roues. Le conducteur du scooter, Deniz Karatas, est mortellement touché à la tête malgré le port d’un gilet pare-balles. Le passager, lui, prend la fuite à pied. Il sera interpellé neuf mois plus tard en Andalousie, en Espagne, avant d’être extradé vers la France.

Un accusé qui conteste l’intention de tuer

À la barre, Abdelhamid Lhabib, 25 ans, reconnaît avoir été présent ce jour-là à l’arrière du scooter, mais conteste toute tentative de meurtre. Il affirme ne pas avoir visé les policiers et soutient qu’il n’avait pas l’intention de faire usage de l’arme. Selon ses déclarations, il se trouvait sur place pour « intimider » une personne, dans un contexte lié au trafic de stupéfiants. Il explique que l’arme devait servir à impressionner, et non à tirer.

Une personnalité décrite comme immature et ancrée dans la délinquance

Deux expertes, une psychiatre et une psychologue, ont dressé le profil de l’accusé. Elles décrivent un homme « immature », « égocentré » et évoluant dans un environnement lié au trafic de stupéfiants, où la violence est banalisée. Selon elles, Abdelhamid Lhabib présente peu de capacité de remise en question et tend à diluer sa responsabilité. Elles n’ont en revanche relevé aucun trouble psychiatrique susceptible d’altérer son discernement au moment des faits. Les expertes soulignent toutefois une évolution en détention, marquée par un comportement stable et un début de prise de conscience, notamment après la mort de son ami lors de l’intervention. Connu des services de police, l’accusé avait déjà été condamné en 2024 dans une affaire de trafic de stupéfiants, impliquant l’importation de cannabis depuis l’Espagne. Il purge actuellement une peine de trois ans de prison ferme.

Des policiers marqués par les faits

Les trois fonctionnaires visés ont livré des témoignages précis et concordants devant la cour. Ils décrivent une scène rapide et particulièrement violente, au cours de laquelle ils ont eu le sentiment d’être directement menacés de mort. L’un d’eux évoque une arme « épaulée » et dirigée vers la tête, ainsi que des bruits de détente. Un autre parle d’un « clic » caractéristique, estimant que l’individu a tenté de tirer. Tous décrivent un choc durable et un traumatisme encore présent.

En parallèle, une enquête avait été ouverte sur l’usage de l’arme par le policier. Confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), elle a conclu à un état de légitime défense. La procédure a été classée sans suite, tout comme la plainte déposée par la famille du conducteur décédé.

Abdelhamid Lhabib encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le procès doit se poursuivre toute la semaine devant la cour d’assises de l’Isère. Le verdict est attendu vendredi à l’issue des débats.

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