Face à des situations toujours plus complexes, le Département de l’Isère accélère. Budget en hausse, dispositifs renforcés, nouvelles réponses face à la prostitution ou au narcotrafic : la collectivité revendique une politique volontariste, guidée par un principe unique, l’intérêt supérieur de l’enfant.


Près de 6 700 mineurs sont aujourd’hui accompagnés par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) en Isère. Derrière ce chiffre, des réalités multiples : violences intrafamiliales, parents en difficulté, situations d’urgence. Et une mission délicate pour le Département : protéger, prévenir, accompagner. « C’est un sujet complexe, difficile, mais que nous abordons avec beaucoup de volonté et d’enthousiasme », insiste Jean-Pierre Barbier. Le président assume une démarche de transparence : « Il est temps de parler de la protection de l’enfance dans sa globalité, pas uniquement à travers les dossiers les plus douloureux. » Depuis 2015, les moyens ont suivi : +38 % de budget, pour atteindre aujourd’hui 186 millions d’euros. Une hausse significative, dans un contexte où le nombre de jeunes suivis a lui aussi progressé (+7%).

Prévenir plutôt que subir : le virage stratégique

Au-delà des moyens, c’est une philosophie qui s’impose : agir en amont. Le Département déploie progressivement une politique de prévention renforcée pour éviter, autant que possible, les placements. Une expérimentation lancée en 2023 dans cinq territoires sera ainsi généralisée à toute l’Isère. Objectif : intervenir plus tôt auprès des familles.

« Nos services sont sans arrêt en train de chercher de nouvelles solutions et de s’adapter », explique Martine Kohly. « Le Département a cette capacité à être réactif, agile. » Cette agilité s’appuie aussi sur un travail étroit avec les partenaires : justice, associations, CAF, ARS ou encore forces de l’ordre. Un maillage indispensable face à des problématiques de plus en plus imbriquées.

Conférence de presse du président du Département de l'Isère Jean-Pierre Barbier avec la vice-présidente Martine Kohly et du Directeur général des services du Département

Des innovations concrètes pour mieux protéger

Au fil des années, plusieurs dispositifs structurants ont vu le jour :

  • Une cellule d’inspection pour mieux détecter les violences dans les établissements
  • Des formations massives contre les violences sexuelles
  • Un comité de jeunes issus de l’ASE, force de proposition
  • La création de petites unités de vie, plus familiales

Autant d’initiatives saluées par la Défenseure des droits, qui souligne les efforts engagés par le Département. « Le but, c’est de donner à ces jeunes les mêmes moyens de réussite que les autres », résume Jean-Pierre Barbier.

Prostitution, narcotrafic, radicalisation : de nouveaux défis

Mais les menaces évoluent, et avec elles les réponses publiques. Les jeunes de l’ASE, particulièrement vulnérables, sont aujourd’hui des cibles privilégiées pour certains réseaux. Premier front : la prostitution des mineurs. Une structure spécialisée va voir le jour pour accueillir et accompagner les jeunes concernés. Une plateforme d’écoute pour les professionnels sera également créée. « Les réseaux sociaux sont aujourd’hui un outil de recrutement. Nous devons faire face à cette réalité », alerte Martine Kohly.

Deuxième enjeu : le narcotrafic. Le Département renforce ses actions de sensibilisation dès l’entrée des jeunes dans le dispositif.

Enfin, la lutte contre la radicalisation se poursuit, avec des formations destinées aux acteurs de terrain pour mieux repérer et accompagner les situations à risque. Jean-Pierre Barbier ne mâche pas ses mots : « Ces jeunes sont particulièrement ciblés. Notre rôle, c’est de les prévenir, de les protéger et de les sortir de cet enfer. »

Une politique humaine, entre exigence et humilité

Derrière les chiffres et les dispositifs, une réalité humaine s’impose. « Nous sommes à la croisée des destins », confie le président du Département, évoquant un engagement aussi personnel que politique. Lucidité aussi : « Tout n’est pas parfait », reconnaît Martine Kohly. « Mais beaucoup de choses sont testées, beaucoup de réussites existent. »

Dans un domaine où chaque décision peut changer une vie, l’Isère revendique une ligne claire : avancer, s’adapter, et ne jamais perdre de vue l’essentiel. « La protection de l’enfance est à la fois la politique la plus difficile… et la plus belle », conclut Jean-Pierre Barbier.

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