Condamnés en 2024 pour le viol en réunion d’une étudiante à Bordeaux, trois anciens joueurs du FCG comparaissent à partir de ce mercredi devant la cour d’assises d’appel d’Angoulême. Un nouveau procès, à huis clos, où la question du consentement reste centrale.

Loïck Jammes, Denis Coulson et Rory Grice seront rejugés à partir du 25 mars devant la cour d’assises de la Charente. Les trois anciens rugbymen du FC Grenoble avaient été condamnés en première instance, en décembre 2024, à de lourdes peines : 14 ans de réclusion criminelle pour les deux premiers, 12 ans pour le troisième. Tous trois ont fait appel de cette décision. Ils comparaîtront détenus, après le rejet de leurs demandes de mise en liberté par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Bordeaux, qui a même prolongé leur détention provisoire dans l’attente de ce second procès.

Une affaire qui remonte à mars 2017

Les faits remontent au 12 mars 2017, à Bordeaux, après une rencontre de Top 14 entre Grenoble et l’Union Bordeaux-Bègles. Une étudiante de 20 ans avait alors déposé plainte au petit matin, après une soirée passée avec des joueurs grenoblois. Selon les éléments de l’enquête, la jeune femme et des amies avaient rencontré les rugbymen dans un bar du centre-ville, avant de poursuivre la soirée dans une discothèque, dans un contexte d’alcoolisation importante. Les investigations ont établi que son taux d’alcoolémie se situait entre 2 et 3 g/L. À l’issue de la nuit, elle avait accompagné plusieurs joueurs jusqu’à leur hôtel à Mérignac. Les images de vidéosurveillance et les témoignages ont permis de retracer en partie les déplacements dans l’établissement.

Une nuit au cœur des accusations

D’après le dossier, la jeune femme, décrite comme titubante, aurait suivi Denis Coulson dans sa chambre. Ce dernier a reconnu une relation sexuelle, qu’il affirme consentie. Dans les heures suivantes, d’autres joueurs, dont Loïck Jammes et Rory Grice, sont entrés dans la chambre et ont également eu des relations sexuelles avec elle, selon leurs déclarations. Au réveil, la plaignante a expliqué s’être retrouvée nue, entourée de plusieurs hommes, sans souvenir précis des faits. Elle a également évoqué des actes impliquant l’introduction d’objets. Pour l’accusation, les trois hommes ont profité de l’état d’alcoolisation avancée de la victime, la plaçant dans l’incapacité de consentir. Un expert psychiatre a notamment évoqué un état de « pilotage automatique ».

Le consentement, point central du procès

Comme lors du premier procès, la question du consentement sera au cœur des débats. La défense soutient que la jeune femme était active et consentante, mettant en avant une vidéo tournée au cours de la nuit. Les avocats des accusés évoquent un contexte d’alcoolisation généralisée, dans lequel les joueurs n’auraient pas perçu une absence de consentement. Ils contestent également la sévérité des peines prononcées en première instance. À l’inverse, les parties civiles estiment que les éléments du dossier, y compris la vidéo, confirment un état dissociatif de la victime, incompatible avec un consentement libre et éclairé. Elles considèrent que certains actes décrits renforcent la qualification de viol en réunion.

Deux autres joueurs déjà condamnés

L’affaire concerne également deux autres anciens joueurs du FCG, Chris Farrell et Dylan Hayes. Jugés en 2024, ils ont été reconnus coupables de non-empêchement de crime pour avoir assisté à tout ou partie des faits sans intervenir. Chris Farrell a été condamné à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, tandis que Dylan Hayes a écopé de deux ans avec sursis. N’ayant pas fait appel, ils seront entendus comme témoins lors de ce procès en appel.

Une victime durablement marquée

Neuf ans après les faits, la plaignante, aujourd’hui magistrate, reste profondément affectée, selon ses avocats. Comme en première instance, les débats se tiendront à huis clos, afin de préserver l’intimité des échanges et la dignité des parties. Les trois accusés encourent jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle. Le verdict est attendu à l’issue des débats, le 3 avril.

Partager cet article