Eric Piolle a affiché publiquement son soutien à la maire et candidate d’Échirolles Amandine Demore alors que son parti Les Écologistes fait campagne pour un autre candidat. Une initiative de dernière minute qui passe mal…

C’est certainement le dernier coup politique notable avant le vote de dimanche. Le maire de Grenoble, très discret dans la campagne concernant sa ville, s’est invité dans celle d’Echirolles en soutenant la maire sortante, la communiste Amandine Demore. Une position qui n’a pas plu à son parti qui milite sur cette commune pour le candidat insoumis Antar Labiod. « Concernant les élections municipales, nos statuts sont clairs : les décisions stratégiques et politiques sont prises directement par les adhérents de la commune. Et elles s’imposent à l’ensemble des adhérents du parti. Nous regrettons fortement cet affichage d’Éric Piolle à quelques heures de la fin de la campagne » a réagi la coordination départementale des Écologistes.

Pourquoi ce soutien « contre nature » ?

Pour comprendre cette position du maire de Grenoble contre son camp, il faut rembobiner les fil de ses relations avec son parti mais aussi avec Christophe Ferrari le président de la Métropole. En avril 2025, malgré l’opposition déterminée de Marine Tondelier, Eric Piolle a été élu porte-parole du parti. La patronne des Écologistes reprochait au maire de Grenoble d’être sous la menace d’une affaire judiciaire, liée aux 400 euros mensuels qu’aurait touchés « au black » sa première adjointe Elisa Martin pendant plus de deux ans pour augmenter son indemnité d’élue. Elle craignait que le parti soit éclaboussé quand l’affaire serait jugée (pour l’instant elle est toujours en instruction et rien ne dit qu’elle ira devant la justice). Malgré son élection résultant du vote des adhérents, Eric Piolle a été suspendu de ses fonctions de porte-parole en septembre par la direction car il refusait de « démentir en interne comme en externe » les faits présumés qui lui sont reprochés dans cette affaire.

Un pied de nez à son parti

En décembre, le maire de Grenoble a déposé un recours contre cette suspension. Inutile de dire que ses relations avec Marine Tondelier et certains cadres du parti ne sont plus au beau fixe depuis longtemps. Il y a quelques jours, Marine Tondelier est venue soutenir Laurence Ruffin choisie pour pendre la suite d’Eric Piolle mais elle s’est bien gardée de mettre les pieds dans la capitale des Alpes pour ne pas le croiser. Les deux femmes se sont rencontrées dans une exploitation agricole à Saint-Cassien près de Voiron.

Et un autre à Ferrari

Autre raison qui a pu guider Eric Piolle dans son choix : l’avenir de la Métropole. Le maire de Grenoble reproche depuis six ans à Christophe Ferrari d’avoir trahi un accord passé en 2020 qui consistait à choisir le président de l’agglomération parmi le courant de gauche arrivé en tête (Ferrari avait finalement réussi à l’emporter face à l’écologiste Yann Mongaburu grâce au soutien des élus de droite). Or, à Echirolles, Christophe Ferrari s’est impliqué dans la campagne en encourageant la candidature dissidente de Laëtitia Rabih, pourtant deuxième adjointe d’Amandine Demore. Objectif de la manœuvre : lui apporter, en cas de victoire, des conseillers communautaires acquis à sa cause pour lui permettre de rester en place. Même s’il ne siégera plus dans l’exécutif à partir d’avril, Eric Piolle ne veut pas que Christophe Ferrari reste à la tête de la Métropole. Donc, avec ce soutien « contre nature » à Amandine Demore, il fait d’une pierre deux coups, en taclant son parti et son meilleur ennemi.

Partager cet article