A quelques jours du premier tour, une affaire vient secouer la campagne des Municipales à Grenoble. Elle concerne une colistière d’Hervé Gerbi mais implique également des élues engagées dans la liste d’Alain Carignon. Explications.

Entre 2018 et 2020, la secrétaire de l’Association des Femmes Elues de l’Isère (AFEI) a détourné plus de 12 000 euros du compte bancaire de la structure à des fins personnels avant que la présidente ne découvre la malversation. La trésorière a alors remboursé l’intégralité de la somme et l’association n’a pas porté plainte. L’affaire aurait dû en rester là. Sauf que le dossier a opportunément fuité, six ans après, jusqu’à nos confrères de Place Grenet alors que les deux protagonistes se retrouvent engagées dans les Municipales sur des listes concurrentes.

Un duel Gerbi-Carignon à distance

Aline Blanc-Tailleur qui avait détourné l’argent est en huitième position sur la liste menée par le centriste Hervé Gerbi. Et Nathalie Béranger, la présidente de l’association est deuxième sur la liste d’Alain Carignon (LR). Face à ces révélations, Hervé Gerbi, qui a affirmé n’avoir jamais été au courant de cette affaire, a annoncé mercredi la mise en retrait immédiate de sa colistière précisant qu’elle démissionnerait de toute fonction si la liste était élue et ne participerait pas à un éventuel second tour.

Préserver des arrangements entre amis ?

Mais Hervé Gerbi en a aussi profité pour déplorer qu’aucune procédure judiciaire n’ait été engagée, soulignant que l’AFEI, réseau transpartisan d’élues locales, reçoit des financements publics et mérite donc une transparence totale : « Pourquoi une situation financière de cette nature a-t-elle été réglée en interne plutôt que portée devant la justice ? S’agissait-il d’éviter une visibilité sur la gestion des comptes de l’association ? Ou bien de préserver certains arrangements entre personnes » s’interroge l’avocat grenoblois rappelant au passage qu’Aline Blanc-Tailleur était membre en 2020 de La République en Marche.

Tout le monde savait !

Pour sa part, Nathalie Béranger, qui préside toujours l’Association des Femmes Elues de l’Isère, assure que l’affaire n’a jamais été cachée. Et si l’on en croit l’ancienne députée Emilie Chalas, elle aussi engagée sur la liste d’Alain Carignon en sixième position : « Tout le monde savait ! » Notamment, selon elle, un autre député de l’époque, Jean-Charles Colas-Roy, qui est aujourd’hui en troisième position sur la liste d’Hervé Gerbi…

Les anciens alliés se déchirent

Cette passe d’armes vient pimenter cette fin de campagne d’autant plus qu’elle concerne des anciens alliés : Hervé Gerbi a été le suppléant de Nathalie Béranger aux Législatives en 2007 pour l’UMP, et Jean-Charles Colas-Roy et Emilie Chalas ont siégé ensemble à l’Assemblée nationale dans le groupe de La République en Marche de 2017 à 2022. On pourrait même s’amuser à rappeler qu’Aline Blanc-Tailleur a été conseillère municipale de Michel Destot lors du dernier mandant du maire socialiste (2008-2014). Grenoble est un village !

Reste à savoir si le règlement à l’amiable d’une telle affaire est légal ? Aline Blanc-Tailleur a peut-être la réponse puisqu’elle occupe aujourd’hui les fonctions de médiatrice judiciaire… En tout cas, Hervé Gerbi le rappelle « la vie publique ne peut fonctionner sur des arrangements ». Difficile de ne pas être d’accord avec avec lui sur ce point.

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