C’est une conséquence du dérèglement climatique que peu auraient soupçonnée de prime abord. Une vaste étude, copubliée par des chercheurs de l’Institut pour l’Avancée des Biosciences (IAB) à Grenoble, démontre que l’exposition à la chaleur durant les premiers mois de grossesse impacte directement le développement du fœtus. Un phénomène aggravé par la pollution et l’urbanisation.

Alors que 15 % des nouveau-nés dans le monde présentaient déjà un petit poids à la naissance en 2020, la hausse globale des températures vient ajouter un facteur de risque majeur. Si de nombreux travaux suggéraient déjà un lien entre chaleur et risques périnataux (prématurité, mortalité néonatale), cette nouvelle étude franchit un cap dans la précision. Menée par des scientifiques de l’IAB (Inserm, Université Grenoble Alpes, CNRS) ) et de Santé publique France, l’enquête repose sur le suivi de près de 21 000 femmes enceintes recrutées entre 2002 et 2017. Pour la première fois, les chercheurs n’ont pas isolé la température, mais ont analysé son « effet cocktail » avec la pollution de l’air, la densité de végétation et les facteurs socio-économiques.

De -40 g à -200 g : l’impact chiffré sur le nourrisson

Les résultats, publiés ce mardi 24 février dans la revue Environmental Science & Technology, révèlent des périodes de vulnérabilité bien précises : Les résultats identifient des fenêtres temporelles critiques où le développement du fœtus est particulièrement vulnérable aux variations thermiques. L’étude montre ainsi que l’exposition à la chaleur durant les deux premiers trimestres de la grossesse est associée à une réduction du poids de naissance comprise entre 40 et 200 g. À l’inverse, les chercheurs ont observé un phénomène surprenant : l’exposition à la chaleur vers la fin de la grossesse (entre les semaines 32 et 35) est associée, elle, à une augmentation d’environ 60 g du poids de naissance. Ce contraste illustre la complexité de l’adaptation métabolique du fœtus selon les stades de développement. Cette variation n’est pas qu’une question de chiffres sur la balance. Comme l’explique Lucie Adélaïde, épidémiologiste à l’Inserm et co-première autrice : « Un faible poids de naissance est un facteur de risque de complications, voire de mortalité chez le nouveau-né, mais également de survenue de pathologies tout au long de la vie comme le diabète ou l’hypertension. »

La végétation comme bouclier sanitaire

L’étude met en lumière une inégalité flagrante face au thermomètre. L’impact négatif de la chaleur est renforcé par la pollution atmosphérique, l’absence de verdure et la précarité sociale. En clair : vivre dans un îlot de chaleur urbain sans accès à des parcs multiplie les risques pour l’enfant à naître. Face à ce constat, les chercheurs grenoblois et leurs partenaires plaident pour une adaptation urgente de l’urbanisme. « Nos résultats soulignent l’importance de mettre en place des mesures ciblées pour protéger les femmes enceintes dès le début de grossesse, notamment par la végétalisation des environnements de vie », conclut Maximilien Génard-Walton, chercheur postdoctorant à l’Inserm et co-premier auteur de la publication.

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