Alors que 28 personnes ont déjà perdu la vie dans des avalanches depuis le début de la saison hivernale, le dernier drame survenu mardi 17 février dans les Vallons de La Meije pose une nouvelle fois la question de la prise de risque en haute montagne.

À la frontière entre les Hautes-Alpes et l’Isère, au pied de La Meije, La Grave occupe une place singulière dans le paysage alpin français. Ici, aucune piste balisée ni sécurisée. Le domaine s’étend sur plus de 2 000 mètres de dénivelé, des glaciers de la Girose jusqu’aux forêts de mélèzes de la vallée de la Romanche.

Aucune piste n’est sécurisée

Dans cette station pas comme les autres, dotée d’une seule remontée mécanique, chaque skieur évolue sous sa propre responsabilité. Une équipe de patrouilleurs surveille le secteur, mais leurs prérogatives diffèrent de celles des pisteurs-secouristes des stations traditionnelles. Beaucoup de pratiquants choisissent d’ailleurs de faire appel à des guides de haute montagne pour évoluer sur ces itinéraires engagés.

Le téléphérique était fermé la veille et le lendemain du drame

Dotée d’une commission de sécurité, l’équipe de direction du téléphérique des Vallons de La Meije peut décider de fermer tout ou partie de la remontée mécanique lorsque le risque d’avalanche est jugé trop important. Ce fut le cas la veille du drame et les jours qui ont suivi. Mais le mardi 17 février, le premier tronçon était accessible jusqu’à 2 400 mètres d’altitude (en rouge sur la photo de couverture).

Le secteur avait déjà été skié

Depuis cette gare intermédiaire, trois grands itinéraires s’offrent aux skieurs : les Vallons de la Meije d’un côté, les pentes situées sous les pylônes du téléphérique, ou encore les couloirs de Côte Fine, plus raides, qui plongent vers la forêt en traversant sous des barres rocheuses (à droite du rond rouge quand on regarde la photo). Plusieurs groupes encadrés par des professionnels ont choisi cette dernière option. Selon le témoignage d’un guide recueilli par le média en ligne Alpine Mag, certains ont suivi des traces déjà présentes, notamment celles des patrouilleurs, avant de s’engager dans la pente.

Une double avalanche énorme

Arrivé en bas de l’itinéraire, à l’abri dans la forêt, le guide affirme avoir assisté à une double avalanche. Trois skieurs ont été emportés. Deux d’entre eux ont péri dans la coulée. Le professionnel qui les accompagnait, équipé d’un airbag, a pu déclencher son dispositif. Blessé, il souffre d’une fracture du tibia. Selon un autre témoignage, l’avalanche serait partie des pentes supérieures qui n’avaient pas été skiées.

A qui la faute ?

Y-a-t-il eu des fautes ? Quelle part peut-on attribuer à la fatalité dans ce drame ? Les gendarmes du PGHM de Briançon devront le déterminer. Il semble, en tout cas, que, ce jour-là, de nombreux professionnels (guides, patrouilleurs et responsables du téléphérique) ont estimé que le risque était acceptable pour ouvrir le premier tronçon. Ils étaient les mieux placés et les plus compétents pour prendre cette décision… « La montagne n’est ni juste, ni injuste, elle est dangereuse » aimait répéter le célèbre alpiniste Reinhold Mesner. Elle vient encore de le prouver.

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