Tout est parti d’un tableau. Un portrait offert à la mairie de Saint-Ismier, signé Louise Morel. Et c’est une partie de l’œuvre dispersée qui se retrouve aujourd’hui exposée, révélant une artiste inclassable et intensément liée aux paysages du Dauphiné.

La dame se tient assise, en costume du Dauphiné, elle nous adresse un regard aussi énigmatique que le sourire de Mona Lisa. « Cette femme, c’est ma mère ! » explique François Charlon, qui vient de faire don de ce portrait signé Louise Morel, à la commune de Saint-Ismier, dernière demeure de l’artiste. Un tableau rare , réalisé au début des années 1950, qui a rapidement mobilisé les défenseurs du patrimoine : une exposition, « Fenêtres sur l’Art », rassemble des œuvres prêtées par des particuliers à la Salle du Rozat, non loin de la maison où l’artiste a passé les 15 dernières années de sa vie.

Portrait d'une femme en costume du Dauphiné, peint par Louise Morel


Une peintre inclassable, nourrie par le Dauphiné

Née à Grenoble à la fin du XIXe siècle, Louise Morel n’entre dans aucune case. Elle se nourrit de l’impressionnisme, du fauvisme, parfois du cubisme… mais ne se laisse jamais enfermer dans un courant. Sa peinture est d’abord affaire d’instinct et de force intérieure. Fragile physiquement, elle développe une énergie créatrice impressionnante, que son fils – le peintre André Sahut-Morel dit Hugues Bréhat – décrivait comme une véritable dualité.

Elle peint ce qu’elle connaît, ce qu’elle voit : le Dauphiné, la Chartreuse, Belledonne, Grenoble, la Bastille… Des paysages qui deviennent, sous ses pinceaux, des compositions lumineuses, intimes. Ses voyages dans le Midi, en Espagne ou en Afrique enrichissent sa palette : le soleil, le sable, puis le vert profond de la Chartreuse lorsqu’elle s’y installe pour guérir des maladies qui l’affaiblissent.

Un tableau peint par Louise Morel lors de ses voyages en Afrique du Nord

Fenêtres sur paysage

Parmi les thèmes récurrents, les fenêtres occupent une place à part. Trois tableaux sont réunis dans une même section de l’exposition : au centre, une vue sur la Bastille ; de part et d’autre, deux fenêtres ouvertes sur le Grésivaudan et Belledonne. « On a l’impression que la lumière du jour entre par le tableau », résume Élisabeth Graven, co-organisatrice de l’exposition. Une sensation presque physique, qui dit beaucoup de la manière dont Louise Morel travaillait la couleur et l’espace.

Tableaux de la peintre Louise Morel accrochés aux murs de la salle du Rozat à Saint-Ismier pour une exposition

Une reconnaissance oubliée

Dans les années 1930, la peintre connaît pourtant la reconnaissance parisienne. En 1935, la critique salue son travail, et elle est choisie pour décorer le pavillon du Dauphiné lors de l’Exposition universelle de 1937. Elle expose aux côtés de grands noms de son époque, comme Vlaminck ou Matisse.

Puis viennent la guerre, la maladie, un divorce difficile. En 1961, à son retour d’un voyage en Afrique du Nord, elle achète l’Ermitage à Saint-Ismier et s’y installe l’année suivante, jusqu’à sa mort en 1974. Son fils André y restera jusqu’en 2010, avec l’idée d’en faire un musée. Mais à sa disparition, les toiles quittent la maison et se dispersent.

Une mobilisation citoyenne pour faire vivre son œuvre

À l’origine de cette exposition, une habitante passionnée, Danielle Dailly, auteure de l’ouvrage Le Musée disparu de Louise Morel. Engagée pour la sauvegarde du patrimoine local, elle a convaincu des propriétaires privés d’accrocher leurs tableaux aux cimaises de la salle du Rozat à Saint-Ismier. Une exposition éphémère, mais exceptionnelle, visible jusqu’au vendredi 20 février. « Il est essentiel que son talent perdure, pour transmettre aux jeunes l’amour de l’art et l’attachement à notre territoire. »

le maire Henri Baile, Danielle Dailly, François Charlon, posent autour du tableau peint par Louise Morel, offert à la mairie de Saint-Ismier

De droite à gauche : le donateur François Charlon, le maire Henri Baile, Danielle Dailly et l’adjointe Françoise Videau

À travers ce portrait rendu au public et ces œuvres rassemblées, Louise Morel retrouve un peu de la place qu’elle mérite dans l’histoire artistique du Dauphiné. Et Saint-Ismier, son dernier refuge, devient pour quelques jours le cœur battant d’un musée qui n’existe plus… mais dont l’esprit, lui, est bien vivant.

👉 « Fenêtres sur l’Art » – jusqu’au 20 février, Salle du Rozat à Saint-Ismier.

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