Un retour en arrière controversé
Interdits en 2018 en raison de leur impact dévastateur sur l’environnement et plus spécifiquement sur les pollinisateurs, les néonicotinoïdes pourraient faire leur retour grâce à la proposition de loi Duplomb. Ces puissants insecticides, surnommés « tueurs d’abeilles », suscitent une vive opposition de la part des députés écologistes et des professionnels de l’apiculture.
Une mobilisation politique face aux enjeux environnementaux
Jérémie Iordanoff, député écologiste de la 5e circonscription de l’Isère, fait partie des élus qui luttent activement contre cette proposition à l’Assemblée nationale. « C’est inquiétant pour la biodiversité, c’est inquiétant pour les apiculteurs », déclare-t-il, exprimant ses préoccupations face à ce qu’il perçoit comme un affaiblissement des questions environnementales et de santé publique, soutenu selon lui par la droite et l’extrême droite.
Des effets dévastateurs scientifiquement prouvés
Les études sont formelles : l’usage des néonicotinoïdes réduit drastiquement les populations d’abeilles et entrave leur croissance, leur réponse immunitaire et leur reproduction. Bernard Lagaud, président du Syndicat Apicole Dauphinois, explique le mécanisme tragique : « Ce que ça leur fait, c’est qu’en fait, elles perdent leur repère géographique. Donc elles vont aller butiner et elles vont être incapables de rentrer à leur ruche. Et puis au bout d’un moment, elles meurent d’épuisement parce qu’au bout d’un moment, elles n’arrivaient plus à rentrer à la maison. »
Un impact environnemental bien plus large
Si les abeilles sont les victimes les plus visibles de ces produits en raison de leur importance économique, l’impact des néonicotinoïdes s’étend bien au-delà. Loïc Thomas, apiculteur à Proveysieux en Chartreuse depuis 7 ans, souligne l’ampleur du problème : « C’est les abeilles, mais c’est l’ensemble de l’environnement, c’est l’ensemble des pollinisateurs. C’est les nappes phréatiques, c’est les sols. Tout, les humains, tout est tributaire de ce genre de choses. »
Une loi ciblée mais aux conséquences redoutées
Pour le moment, la proposition de loi porte principalement sur l’utilisation de ces produits dans les cultures de betteraves sucrières, présentes dans le nord de l’Hexagone. Cependant, les professionnels craignent que cette autorisation ne constitue une porte ouverte vers d’autres cultures. Loïc Thomas exprime cette inquiétude : « Le problème étant que ces champs quand ils sont traités, le rucher qui était juste à côté, il s’en prend aussi. Et c’est là où c’est terrible. Donc l’apiculteur, il passe son temps à multiplier ses colonies en permanence et à les perdre au fur et à mesure. »
Des pertes considérables pour les apiculteurs
Les chiffres sont alarmants : chaque année, un apiculteur perd entre 20 et 30% de sa colonie d’abeilles. Bien que les pesticides ne soient pas le seul facteur de cette hécatombe, Bernard Lagaud regrette que cette loi soit élaborée sans concertation avec les professionnels concernés. « Ce qui se passe un petit peu, c’est qu’on va favoriser une partie de l’agriculture contre une autre. Parce que nous, on fait partie de l’agriculture. On est des éleveurs. On est des bergers d’abeilles. »
Un manque criant d’investissement dans les alternatives
Apiculteurs et élus opposés à cette proposition dénoncent unanimement l’absence d’investissement dans la recherche d’alternatives. Ces solutions, pourtant susceptibles d’être plus respectueuses de l’environnement et des agriculteurs, restent inexploitées, laissant la place à un retour vers des pratiques déjà identifiées comme néfastes.