Zelliana Ehrhardt, diplômée en neurobiologie à l’université de Grenoble, vit avec dix personnalités différentes. Aujourd’hui chercheuse, elle vulgarise le Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI) pour lever le voile sur cette pathologie méconnue qui touche sa génération.

Dix personnalités dans un seul corps
Le Trouble Dissociatif de l’Identité est caractérisé par au moins deux identités alternantes (appelées alters). Zelliana en possède dix au total. Parmi elles, on retrouve Isélianne (sa personnalité principale ou « hôte »), Daniel, Emy, Nostalgia, Julianne, Isabelle et le plus jeune, Hayden, âgé de 2 à 5 ans.

Durant l’interview réalisée par TéléGrenoble, les téléspectateurs ont pu observer un « switch«  en direct : Zelliana est passée d’Isélianne à Emy, révélant une voix légèrement différente et un comportement plus timide. « On est deux et on essaie de s’ancrer un maximum parce qu’Emy est en train de prendre le contrôle », explique-t-elle avec une troublante sincérité.

De lourds traumatismes pendant l’enfance
Ce trouble mental est défini depuis 1994 par un ensemble de critères. Il trouve ses origines dans de lourds traumatismes vécus pendant l’enfance. Chaque alter correspond à des états alternatifs de conscience qui se sont créés comme mécanisme de protection. Hayden, le plus jeune alter de Zelliana, représente les peurs et traumatismes qu’elle a vécus entre 2 et 5 ans. « Quand ils sont là, je régresse et régresser même quand je suis toute seule, c’est extrêmement perturbant », confie-t-elle, décrivant ces moments où elle devient spectatrice de sa propre vie.

Une organisation complexe au quotidien
Chaque alter possède sa propre personnalité, ses goûts, ses mimiques et même sa propre écriture. Cette diversité crée des défis particuliers dans la vie étudiante : « Il y avait des cours où je prenais des notes mais ce n’était pas moi qui y étais. Je me souvenais pas du cours et j’ai plusieurs fois retrouvé des notes que je ne comprenais même pas parce qu’on n’utilisait pas les mêmes abréviations. »

Certains alters jouent des rôles protecteurs : Emy intervient dans la vie quotidienne pour les courses ou le ménage, tandis qu’Isabelle a plusieurs fois empêché Julianne de se défenestrer lors de crises suicidaires. « La raison pour laquelle je suis toujours en vie à l’heure actuelle, c’est clairement parce que j’ai mes alters qui ont été là pour moi », témoigne Zelliana avec reconnaissance.

Un trouble invisible qui nécessite de la confiance
« Ce n’est pas une maladie qui est visible », insiste Zelliana. La plupart des personnes atteintes de TDI arrivent très bien à cacher leurs alters au quotidien. « Il faut vraiment que les alters se sentent en confiance en général pour pouvoir se montrer tels qu’ils sont réellement. Souvent, ils vont essayer de se camoufler parce que c’est une manière de nous protéger. »

En plus du TDI diagnostiqué par un spécialiste, Zelliana souffre d’un trouble du stress post-traumatique, d’une dépression persistante et d’un trouble anxieux généralisé. Elle est également victime d’amnésie et de blackout réguliers.

Un avenir dans la recherche qui se concrétise
Malgré cette situation, Zelliana a poursuivi avec détermination ses études en neurosciences et souhaite devenir spécialiste dans la recherche du TDI. Elle a obtenu son Master de Sciences en Neurobiologie à l’Université de Grenoble. Suivie par un psychiatre et sous traitement médicamenteux, elle a appris à vivre avec sa condition, transformant son expérience personnelle en vocation professionnelle.

Parallèlement à ses études, elle crée du contenu de sensibilisation et de vulgarisation en français sur le trouble dissociatif de l’identité, poursuivant son engagement pour faire connaître cette pathologie.

Son témoignage courageux sur TéléGrenoble a contribué à déstigmatiser cette pathologie complexe et à sensibiliser le grand public à une réalité souvent incomprise.


Découvrez le témoignage bouleversant et exclusif de Zelliana dans cette vidéo tournée en avril 2022 par TéléGrenoble

Partager cet article