Cachée derrière les murs de l’Institut des Géosciences de l’Environnement (IGE), sur le campus de l’Université Grenoble Alpes, se mène un travail hors du temps. Des carottes de glace vieilles de 800 000 ans, extraites de l’Antarctique, y sont analysées pour reconstituer l’évolution du climat sur des centaines de millénaires.
« On extrait des informations des bulles d’air piégées dans la glace« , explique Joël Savarino, directeur de recherche au CNRS. « Elles permettent de retracer la composition de l’atmosphère au moment où la neige s’est transformée en glace, notamment les gaz à effet de serre comme le CO₂ ou le méthane. Et la glace elle-même, une fois fondue, révèle des impuretés qui témoignent de l’histoire des volcans, de la présence de métaux lourds, ou encore des pollutions industrielles.«
Un laboratoire glacial unique en France
Les carottes sont conservées dans un dispositif impressionnant : neuf chambres froides, réglables entre 0 et -25°C, et une enceinte climatique capable de descendre à -80°C. « Il n’y a qu’à l’IGE, à Grenoble, qu’on trouve un parc aussi modulable« , souligne Delphine Six, directrice adjointe de l’institut. « Certaines chambres sont adaptées à la microbiologie, d’autres au découpage, d’autres encore à l’analyse des gaz à effet de serre. Chaque espace a sa spécificité, c’est ce qui rend ce lieu unique sur le territoire.«
Ice Memory : conserver la glace pour demain
Le projet Ice Memory, porté par la Fondation UGA, va encore plus loin. Il vise à préserver des carottes de glace prélevées dans les Alpes, les Andes ou le Caucase, en les envoyant… en Antarctique. « L’idée, c’est de stocker ces carottes dans le plus grand frigo de la planète, pour que les générations futures puissent les étudier avec de nouvelles technologies« , explique encore Delphine Six. « C’est une mémoire de la glace qu’on veut transmettre.«
Vers un million d’années d’histoire climatique
Les chercheurs préparent désormais de nouvelles extractions qui pourraient révéler des données encore plus anciennes – jusqu’à un million d’années en arrière. Ces archives naturelles permettront de mieux comprendre les cycles climatiques, en particulier le changement brutal dans le rythme des alternances glaciaires survenu il y a 900 000 ans.
Pour plonger en vidéo dans l’univers de l’Institut des Géosciences de l’Environnement de Grenoble.
Emission « Si On Parlait » avec les glaciologues grenoblois de retour d’une mission d’extraction en Antarctique