En quelques coups de ciseaux, elle capte des silhouettes, des histoires, des vies. Rencontre avec une portraitiste pas comme les autres.
Du noir, du blanc… et beaucoup d’instinct
Elle plie, découpe, déplie — et la magie opère. Stéphanie Miguet, artiste autodidacte, est ce qu’on appelle une découpeuse de papier. Mais attention, pas question ici de scrapbooking ou de loisirs créatifs. Elle taille dans le vif avec une précision chirurgicale, entre ciseaux pour les silhouettes, et cutter pour les tableaux.
Sa spécialité ? Les portraits à main levée, réalisés en quelques minutes. À la Montmartre, mais version grenobloise. « Je ne sais pas du tout ce que je vais faire quand je commence », confie-t-elle. Et pourtant, la ressemblance est là. Troublante.
18 ans de découpe et toujours le même frisson
C’est en découvrant, il y a 18 ans, un petit musée suisse dédié au découpage que Stéphanie bascule. Le choc esthétique, mais aussi humain, viendra d’un artiste vagabond du 19e siècle, Jean-Jacques Hauswirth. Depuis, elle découpe. Scènes de vie, grandes fresques, animaux fantastiques… tout passe sous sa lame.
Chaque œuvre est une pièce unique, taillée dans une seule feuille, souvent en papier noir qu’elle encre elle-même avec des pigments profonds. Une technique exigeante : « Un seul faux mouvement, et c’est fichu. Mais avec l’expérience, on apprend à rester sur la bonne trajectoire. »
Portraits volés et carnets secrets
Dans sa petite valise, transformée en atelier ambulant, elle garde ses ciseaux, ses carnets… et quelques secrets bien gardés. Car Stéphanie aime aussi les « portraits volés » dans les cafés. Elle découpe en douce les silhouettes qui l’inspirent : une posture, une coiffure, un duo mère-fils.
Parfois, elle offre le résultat à la personne découpée. D’autres fois, elle garde tout pour elle. « Ce sont comme des carnets de voyage, mais en papier. »
Artiste, mais pas solitaire
Si son art est minutieux, il est aussi profondément tourné vers les autres. Elle travaille sur commande (portraits de famille, scènes de vie, visuels pour festivals), anime des ateliers, collabore avec des écrivains. « Une amie poétesse a même créé un poème par jour en réponse à mes découpages quotidiens, à Paris. On a publié un petit livre ensemble. »
Prochainement, elle proposera des ateliers à l’UIAD (Université inter-âge de Grenoble) — une nouvelle façon de transmettre, et de faire grandir cette discipline peu connue mais en pleine résurgence.
Découper pour mieux raconter
Ce qui plaît dans les œuvres de Stéphanie, c’est cette capacité à saisir une émotion en quelques millimètres de papier en moins. Des cils, une mèche, une attitude. « Une silhouette, ça montre parfois ce qu’on veut cacher », sourit-elle. Derrière chaque coupe nette, il y a une histoire. Une vraie. Ou bien une qu’on s’invente.
🎥 A retrouver en action dans l’émission « Si On Parlait » :