Double tentative de meurtre : le procureur donne des explications

Le procureur de la République de Grenoble, Étienne Manteaux, a tenu une conférence de presse ce dimanche midi suite à l’agression très médiatisée de Villeneuve-de-Marc mercredi après-midi et à l’arrestation du suspect vendredi en fin de matinée.

Un poumon perforé par un coup de tournevis.
Étienne Manteaux, a commencé par un rappel des faits. La victime était en train d’enlever du lierre à l’extérieur de son domicile lorsqu’il a été agressé. Il a subi deux blessures au niveau du thorax, dont une dans la zone cardiaque, ainsi qu’une plaie traversant le biceps gauche. L’agresseur l’a frappé avec un tournevis sans le moindre échange verbal préalable. Lors de l’arrivée de son fils, prévenu par une voisine, Gilles Dussault était encore conscient et debout. Le suspect qui s’était enfui est revenu au volant de son véhicule et, selon les victimes, a tenté de les écraser. Le fils a poussé son père dans les buissons et a sauté pour éviter la voiture qui a terminé sa course dans le mur de la maison. Après une  bagarre avec le fils, l’agresseur a réussi à prendre la fuite. Gilles Dussault, dont le pronostic vital a été engagé, a eu un poumon perforé. Il va mieux mais précise que « le rétablissement sera long, notamment s’agissant du choc post-traumatique d’un point de vue psychologique ».

Il s’estimait victime d’une injustice
Concernant l’arrestation du suspect, le procureur a précisé qu’il avait été repéré par une femme à Charantonnay, autre commune iséroise, à environ 10 km de Villeneuve-de-Marc. Il se cachait dans les bois depuis deux jours. Interpellé, il s’est montré coopératif durant sa garde à vue en expliquant qu’un litige existait avec le maire depuis 2022 suite à l’éboulement d’une partie du toit d’un bâtiment communal sur son terrain, endommageant un abri de jardin. Il avait saisi le tribunal de Vienne jugeant l’indemnisation proposée insuffisante. Ce conflit avait généré chez l’homme un fort sentiment d’injustice. Depuis trois mois, il effectuait des travaux sans autorisation, privatisant l’accès à un bâtiment, et la mairie l’avait mis en demeure de cesser, ce qui a cristallisé encore davantage ce ressentiment.

« J’ai pété un plomb »
Durant sa garde à vue, le suspect a maintenu qu’il se considérait victime d’une injustice, affirmant avoir été poussé à bout. Il a reconnu avoir « pété un plomb », sans toutefois avoir eu l’intention de commettre un homicide. Cet homme âgé de 60 ans, sans enfant ni relations connues, n’avait aucun antécédents judiciaires. Né en Algérie, Malek Aouadj vit en France depuis son enfance et possède la nationalité française. Titulaire d’un BTS de dessinateur industriel, il a plutôt réussi sa vie professionnelle. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont un sur l’intelligence artificielle paru en novembre 2024, et un autre, sorti mi-juillet, sur l’instrumentation des véhicules autonomes.

L’agresseur risque la perpétuité
Le procureur a aussi évoqué un « vécu persécutif » chez l’homme, ainsi qu’une tendance à la réinterprétation des faits. Deux couteaux ont été retrouvés sous son oreiller. Le parquet de Grenoble a retenu les qualifications de « double tentative de meurtre sur personne dépositaire de l’autorité publique ». En droit commun, la tentative de meurtre est passible de 30 ans de réclusion criminelle. Avec la circonstance aggravante liée à la qualité de la victime, la peine peut être portée à la réclusion criminelle à perpétuité.

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