Athlétisme : Thibaut Collet en finale des Mondiaux

Ce samedi, le perchiste isérois s’est qualifié pour la finale des Championnats du monde d’athlétisme. Effondré après son cruel échec aux JO de Paris, il a transformé sa déroute en un bagage rempli d’outils pour gérer la pression, et la performance. Confidences.

Les minima, avec un maximum de sagesse

Le dos au mur. Mais il a sauté par-dessus, corps et âme ! Thibaut Collet ne s’est pas laissé le choix. Ce 19 août à Lausanne, il a mobilisé son esprit pour réaliser sa performance. Pour franchir une barre qui allait enfin lui ouvrir la porte de l’élite mondiale au pays du soleil levant. « C’était ma dernière chance de me qualifier pour les Mondiaux sans passer par les repêchages. Je savais que j’étais prêt physiquement. On savait que la météo n’était pas favorable… alors je me suis dit, ok, on va faire avec ! » L’Isérois allait réussir tous ses sauts dès le premier essai : 5,62 m, 5,72 m puis 5,82 m qui validaient son ticket. Prouvant que le sport n’est pas une science exacte, mais une science physique et psychologique.

Perdre le titre : « ça m’a mis le démon »

Le déclencheur ? La perte de son titre de champion de France, peu avant. « Ça n’a pas été une baffe, ça a été une patate, qui m’a piqué très fort, bien que je sois ravi pour Renaud (Lavillenie). Mais en tant que compétiteur ça m’a mis le démon. Je me suis dit, là il faut réagir. Et la réaction ne peut venir que de moi. » Il faut dire que, jusqu’ici, Thibaut Collet cumulait les pépins… « Des petites inflammations, pas grand-chose mais une douleur, une gêne, qui s’ajoutaient au doute et donc à la perte de confiance. » Même si les performances n’avaient rien de ridicule cet été. « C’était moyen. 5,70m, c’était un SMIC qui n’était pas loin des minima. Alors il a fallu se sortir les doigts des fesses, et se mettre la vérité en face. »

« Il a fallu que je me foute à poil »

L’athlète a dû aller au-delà de la préparation mentale. En prenant de la hauteur sur la détresse des JO de Paris (NDLR : Thibaut Collet s’était effondré aux qualifications alors qu’il prétendait à une médaille). « Avant les Jeux, j’étais tellement fort et en confiance que je n’imaginais pas une seule secondes que ça pouvait ne pas marcher. Alors j’ai bossé avec ma psy. Il a fallu que je me foute à poil. Que je me livre. Que je sois transparent. Que je reconnaisse mes peurs, mes faiblesses… et c’est ce qui a rendu cette année un peu plus intense. Parce que c’était nouveau, c’est une nouvelle manières de gérer la peur. »

La force de l’entourage

Il le reconnaît : Thibaut Collet ne se pardonne rien. « Je suis le premier à me rentrer dedans ! Mais quand l’athlète a la tête dans le brouillard, c’est aux proches de nous donner de la visibilité. » L’expérience de ses entraîneurs, Philippe d’Encausse et Philippe Collet, son père, allaient se hisser comme un phare dans ce brouillard : « Ils se revoient à travers ma carrière. Ils me disent ‘crois-moi, j’ai été dans cette situation et ça va aller’. Leur expérience me permet de me projeter. J’ai confiance en eux à 1000%. »

Tokyo, le renouveau ?

Contrairement aux JO de Paris, Thibaut Collet n’a pas failli en qualification. Il a passé ce samedi la barre à 5m75, synonyme de finale. Deux autres Français accompagneront le Grenoblois : Ethan Cormont et l’ancien champion olympique Renaud Lavillenie qui a 39 ans n’a pas dit son dernier mot. Après 1991 (Thierry Vigneron, Philippe Collet – le père, Jean Galfione) et 2009 avec déjà Renaud Lavillenie (accompagné de Romain Mesnil et Damiel Dossevi), la France aura en 2025 pour la troisième fois de son histoire, trois représentants en finale des Mondiaux du saut à la perche. Combien seront sur le podium ? Réponse ce lundi 15 septembre à partir de 13h30 (heure française)

Lucile Dailly

Photos : Yves Perret / YP Medias

 

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