Le Parc naturel régional du Vercors et le Cerema lancent une étude inédite pour cartographier les“paysages sonores”du massif. Objectif : comprendre l’impact du bruit sur les habitants et la faune, et trouver des solutions pour apaiser un territoire où le moteur couvre parfois le chant des rivières.
Un territoire mis sur écoute
Le Parc naturel régional du Vercors et le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) mènent actuellement une étude scientifique sans précédent. Leur objectif : quantifier et qualifier les paysages sonores du massif pour mieux comprendre les nuisances liées à la circulation automobile et motarde.
Neuf capteurs acoustiques ont été installés dans plusieurs communes de la Drôme et de l’Isère, comme Lans-en-Vercors, et déplacés régulièrement afin d’obtenir un échantillonnage représentatif sur toutes les saisons. Les premiers relevés atteignent 80 à 85 décibels près des routes principales — soit le bruit d’une rue très fréquentée.L
es résultats définitifs sont attendus fin 2026 ou début 2027. Cette étude est financée par le département de la Drôme, le PNR du Vercors, le Cerema et le Fonds vert, et comprend aussi un volet pédagogique à destination des écoles locales, pour sensibiliser les enfants à l’environnement sonore de leur territoire.
Des routes trop prisées par les motards
Depuis plusieurs années, les habitants du Vercors constatent une hausse spectaculaire du trafic de motos, notamment sur les routes touristiques. À Vassieux-en-Vercors, Dominique Thibault interrogé par nos confères de France 3 Alpes, s’agace :“On avait quelques motos qui passaient, mais là, on en est à plusieurs milliers, depuis que le parc a déclaré que ses routes étaient les plus belles d’Europe…”Selon lui, “les gens de clubs se font plaisir, ils s’amusent. Le bruit du moteur, c’est fatigant. Une fois, ça va, mais pas à longueur d’année. Et le double vitrage ne suffit pas.”
La route du col de Rousset est devenue un véritable terrain de jeu pour les motards, avec plusieurs centaines de deux-roues recensés chaque jour en période estivale. “Ça va bien cinq minutes, mais au bout de 20 ans, c’est usant. C’est une nuisance sonore”, conclut l’habitant.
Des habitants à bout de nerfs
À Engins, Aline et Maurice témoignent également et partagent le même ras-le-bol : l’été, la D531 se transforme en “circuit de moto”. Le maire d’Engins, Stéphane Falco, alerte depuis plus de quinze ans sans réel changement. Il plaide pour l’installation d’un radar sonore afin de mieux contrôler les comportements excessifs :“On a très peu de moyens d’action, si ce n’est d’appeler la gendarmerie. Un radar sonore serait au moins reconnu par tout le monde.”
Même son de cloche à Chamaloc ou Vassieux, où la circulation touristique, bruyante et polluante, perturbe le quotidien des habitants. “Tout le monde sait que ça a un impact, mais on peine à faire avancer les choses concrètement”, reconnaît Michel Vartanian, élu local impliqué dans le projet.
Le bruit, un risque pour la santé et la biodiversité
Le bruit est aujourd’hui reconnu comme un facteur majeur de pollution environnementale. Selon l’Agence européenne pour l’environnement, il provoque chaque année 48 000 nouveaux cas de maladies cardiaques et 12 000 décès prématurés en Europe. Les effets sur la faune sont également avérés : désorientation des oiseaux, perturbation des cycles de reproduction et fuite des mammifères.
Le Parc du Vercors veut s’appuyer sur les résultats de cette étude pour bâtir une stratégie sonore durable, conciliant attractivité touristique, qualité de vie et préservation de la biodiversité, dans l’espoir de retrouver un peu de silence au cœur d’un territoire classé parmi les plus beaux d’Europe.