Le 1er novembre 1970, la discothèque le 5-7 à Saint-Laurent-du-Pont, en Isère, était le théâtre d’un incendie dévastateur qui fit 146 victimes, principalement des jeunes de moins de 25 ans. Ce drame, l’un des plus meurtriers de l’histoire récente de la France, demeure gravé dans les mémoires collectives, tant par l’ampleur de la catastrophe que par les leçons qu’il a imposées en matière de sécurité publique.
La boîte branchée de la région
Ouverte le 28 mars 1970, le 5-7 n’était pas une discothèque comme les autres. Située à Saint-Laurent-du-Pont, en Isère, c’était le spot incontournable de la jeunesse dans la région. On y venait de Grenoble, Lyon, Chambéry, Aix-les-Bains, Voiron ou Vienne pour profiter de son ambiance unique, ses décorations originales et ses alcôves qui offraient un coin d’intimité. Pour faciliter l’accès, des cars étaient affrétés depuis les villes voisines. Cette popularité a conduit à une surfréquentation, ce qui, combiné à des négligences en matière de sécurité, a contribué à la tragédie.
Une nuit d’horreur
Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1970, environ 180 jeunes se retrouvent au 5-7 pour assister au concert du groupe parisien Les Storms. L’ambiance est festive, mais à 1h45, le feu se déclare. La propagation est fulgurante, alimentée par des matériaux hautement inflammables tels que le polyuréthane et le papier mâché utilisés dans la décoration intérieure. Plusieurs issues de secours, condamnées pour éviter les entrées sans paiement, sont inaccessibles.
Pris au piège des tourniquets
C’est un facteur crucial de la tragédie : des tourniquets, conçus pour tourner uniquement dans le sens de l’entrée, empêchent toute sortie rapide. Les danseurs, pris au piège, tentent désespérément d’échapper aux flammes. La majorité périrent asphyxiés ou brûlés.
Un bilan humain accablant
Parmi les 146 victimes, la majorité sont des jeunes âgés de 14 à 27 ans. Les six membres du groupe Les Storms figurent également parmi les disparus. Les blessés, au nombre de six, sont transférés dans des unités spécialisées, mais quatre d’entre eux succombent à leurs blessures, portant le bilan total à 146 morts.
Enquête et responsabilités
L’enquête révèle une série de négligences et de violations des normes de sécurité. Le permis de construire était falsifié, les matériaux utilisés étaient inflammables, et les dispositifs de sécurité, tels que les issues de secours, étaient soit inexistants, soit délibérément bloqués. Les gérants, dont Gilbert Bas, sont jugés pour homicide involontaire. Gilbert Bas est condamné en première instance à une peine de prison avec sursis (qui se transformera en six mois ferme en appel), tout comme le maire de Saint-Laurent-du-Pont et plusieurs entrepreneurs impliqués dans la construction et l’aménagement du lieu.
Une mémoire vivante
Un mémorial est érigé à Saint-Laurent-du-Pont pour honorer la mémoire des victimes. Chaque année, le 1er novembre, les familles, les survivants et la communauté se rassemblent pour se souvenir et pour que ce drame ne soit jamais oublié. Les tourniquets qui ont piégé les clients sont intégrés au mémorial, accompagnés d’une plaque :“Placés dans le hall d’entrée, ces tourniquets faits par des hommes inconscients et avides d’argent ont provoqué la mort de 144 enfants brûlés vifs le 1.11.1970.”Cette tragédie a conduit à une révision des normes de sécurité dans les établissements recevant du public, marquant un tournant dans la prévention des risques en France.
Photo Source Wikipedia ©Tanqredi
👉 Un rassemblement est prévu à 15h ce samedi devant le mémorial installé sur les lieux du drame à saint-Laurent-du-Pont